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Full text of "Contes des fées [microforme]"

CIHM 
Microfiche 
Séries 
(l\Aonograplis) 



ICMH 

Collection de 
microfiches 
(monographies) 



M 



Canadian ImtituM for Hiitorieal MIcroraproductians / Inttitiit canadian da micraraproducttona hiatoriqiiaa 




1995 



Technical and Bibliographie Notes / Notes technique et bibliographiques 



The Institute has attempted to obtain the best original 
copy avallable for fllmlng. Features of this copy which 
may be bibllographically unique, whIch may alter any of 
the Images In the reproduction, or which may 
significantly change the usual method of filmlng are 
checKed below. 



D 



n 
n 



D 



n 



Cdoured covers / 
Couverture de couleur 



I I Covers damagsd ' 

' — ' Couverture endommagée 

I I Covers restored and/or laminated / 
Couverture restaurée et/ou pelliculée 

I I Covertrttemissing/ Le titre de couverture manque 

r~| Colouredmaps/ Cartes géographiques en couleur 

r~\ Colouredink(i.e. otherthanblueorblack)/ 
Encre de couleur (i.e. autre que bleue ou noire) 

I I Coloured plates and/or i'Iustratlons/ 
' — ' Planches et/ou illustrations en couleur 

Pyj Bound with other material / 
— ' Relié avec d'autres documents 



Only édition available / 
Seule édition disponible 

Tight binding may cause shadows or distottion 
along interior margin / La reliure serrée peut 
causer de l'ombie ou de la distorsion le long de 
la marge intérieure. 

Blank leaves added during restoralions may appear 
within the text. Whenever possible, thèse hâve 
been omitted from Nming / Il se peut que certairris 
pages blanches ajoutées lore d'une restauration 
apparaissent dans le texte, mais, lorsque cela était 
possible, ces pages n'ont pas été filmées. 



AddWonal commente / 
Commentaires supplémentaires: 



L'Institut a microfilmé le meilleur exemplaire qu'il lui a 
été possible de se procurer. Les détails de cet exem- 
plaire qui sont peut-être uniques du point de vue bibli- 
ographique, qui peuvent mxjdifier une image reproduite, 
ou qui peuvent exiger une modifications dans la méth- 
ode normale de filmage sont indiqués ci-dessous. 

I I Cotoured pages /Pages de couleur 

r~| Stages damaged/ Pages endommagées 

I I Pages restored and/or laminated / 
' — ' Pages restaurées et/ou pelliculées 







Pages discoloured, stained or foxed / 
Pages décolorées, tachetées ou piquées 



I I Pages detached/ Pages détachées 

r^ Showthiough/ Transparence 

I I Quailty of print varies / 

' — 1 Qualité inég.- ,' de rimpression 

I I Includes supplementary mateiial / 
— Comprend du matériel supplémentaire 

I I Pages wholly or partially obscured by errata 
slips, tissues, etc., hâve been refilmed to 
ensure the best possible image / Les pages 
totalement ou partiellement obscurcies par un 
feuillet d'errata, une pelure, etc., ont été filmées 
à nouveau de façon à obtenir la meilleure 
image possible. 

I I Opposing pages with varying colouration or 
— ' discolourations are filmed twice to ensure the 
best possible image / Les pages s'opposant 
ayant des colorations variables ou des décol- 
orations sont filmées deux fois afin d'obtenir la 
meilleur image possible. 



This item ii filmad at iht rtduetion ratio ctMckad balow/ 

Ca docwnant ait filmé au uu« da réduction indiqué «.daisouf . 





10X 








1«X 


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1IX 








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7»X 








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J 




























12X 








1€X 








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24X 








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13 



32X 



Th( eopv fllmad h«n hu baan raproduead thanki 
to th* ganarotity of : 

National Llbrary of Canada 



L'axamplair* filmé fut raproduit grica à la 
géntroaité da: 

Bibllothàqua natlonala du Canada 



Tha imaga* appaaring hara ara ttia baat quality 
pouibla eontidaring tha condition and lagibility 
of tha original copy and in kaaping with tha 
filming eontract apaeif icationa. 



Laa imagaa tuivantaa ont été raproduitas avac la 
plua grand «oin. eompta tanu da la condition at 
da la nattaté da l'axampiaira filmé, at an 
conformité avac laa conditiona du contrat da 
fllmaga. 



Original eopiaa in printad papar eovara ara fllmad 
baginning with itM front covar and anding on 
tha lact paga with a printad or illuatratad impraa- 
aion. or tha back eovar whan apprepriata. AH 
othar original eopiaa ara fllmad baginning on tha 
firat paga with a printad or illuatratad impraa- 
aion, and anding on tha laat paga with a printad 
or illuatratad impraaaion. 



li«a axamplairaa originaux dont la couvartura an 
papiar aat impriméa sont filmé* an commancant 
par la pramiar plat at an tarminant toit par la 
darniéra paga qui comporta una amprainta 
d'Impraaaion ou d'illuttratlon, toit par la tacond 
plat, talon la cat. Tout la* autro* aaampiaira* 
originaux *ont filmé* an commancant par la 
pramiéra paga qui comporta una amprainta 
d'impraaaion ou d'illuitration at an tarminant par 
la darniéra paga qui comporta una talla 
amprainta. 



Tha laat racordad fram* on aach microficha 
ahall contain tha tymbol -^ Imaaning "CON- 
T1NUED"). or tha tymbol ▼ Imaaning "EIVD"), 
whiehawar appliaa. 



Un daa aymbolat tuivanti apparaîtra (ur la 
darniéra imaga da chaqua microficha, talon la 
caa: la tymbola —^ lignifla "A SUIVRE", la 
aymbola ▼ lignifia "FIN". 



Mapa, platat, chant, atc, may ba fllmad at 
diffarant raduction ratiot. Thota too larga to ba 
antiraly includad in ona axpoaura ara fllmad 
baginning in tha uppar laft hand cornar, laft to 
right and top to bottom, aa many framat at 
raquirad. Tha following diagram* illuatrata tha 
mathod: 



Laa cartat, plancha*, tablaaux, atc, pauvant étra 
filmé* é daa taux da réduction différant*. 
Lortqua la document att trop grand pour étra 
raproduit an un taul cliché, il att filmé é partir 
da l'angla lupériaur gaucha, da gaucha é droiia, 
at da haut an ba*, an pranant la nombra 
d'imaga* néca**aira. Laa diagramma* auivant* 
illuatrant la méthoda. 



1 2 3 




1 


2 


3 


4 


5 


6 



MKHOCOTY MSOUniON TiST CMAtT 

lANSI ond ISO TEST CHAUT No. 2) 




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125 



_J /1PPLIED ItVMGE Inc 

^5^ 16M Cait Main Street 

B^= Rochester, New York U6D9 USA 

"■JSS (716) «2 - 0300 - "hone 

^S {^'6) 28e - 5989 - Fo» 





MMi 




MONTRÉAL 

LIBRAIRIE BKAUCHEMIN LimiU* 
7!*. rue St-Jacquea. 



Il 



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■^-^ 



1 

I 
i 





"Ui PETITE PANTOUFLE DE YERRB. 



Il éliil une fois un gentilhomm* qui épon- 
M en fécondes nocet une femme, laplui hau- 
taine et la plus lière qu'on cAt jamais vue. 
Elle avait deux filles de son liumuur et qui lui 
restemklaient en toutes choses. Le nian avait 
de ton cAlé une jeune tille, mais d'une tHiuté 
•ans exemple ; elle tenait cela de la mère, 
qui était la meilleure personne du monde. 
Les noces ne furent pas plus tAt faites, que la 
belle-mère fit éclater sa mauvaise humeur : 
elle ne put souffrir les bonnes qualités de 
cette jeune enfant, qui rendaient set filles en- 
core plus haïssables. Elle la chargea des plut 
viles occupations de la maison : c'était elle 
qui nettoyait la vaisselle et les iBOiitéei, qui 



iiiliiillllji ~ 




frottait la chambre de madame et celle de 
mesdemoiselles ses filles; elle couchai: tout 
ea haut de la maison, dans un grenier, sur 
une méchante paillasse, pendant que ses 
sœurs étaient dans des chambres parquetées, 
oii elles avaient des lits des plus à la mode, 
et des miroirs où elles ae vo)faient depuis les 
pieds jusqu'à la tète. La pauvre tille sourTrail 
tout avec patience, et n'osait se plaindre à son 
père, qui l'aurait grondée, parce que sa fem- 
me le gouvernait entièrement. Lorsqu'elle 
avait fait. son ouvrage, elle s'allait mettre au 
coin de la cheminée, et s'asseoir dans les cen- 
dres, ce qui faisait qu'on l'appelait communé- 
ment Cucendron. La cadette, qui n'était pas 
li malhonnête que son aînée, l'appelait Cen- 
drillon. Cependant Cendrillon, avec ses mé- 
chants habits, ne laissait pas d'être cent fois 
plus belle que ses sœurs, quoique vêtues tris- 
magnifî(]uement. 

]| arriva que le fils du roi donna un bal, et 
qu'il en pria toutes les personnes de qualité. 
Nos deui demoiselles en furent aussi priées, 
car elles faisaient grar.de figure dans le pays. 
Les voilà bien aises, et bien occupées à choi* 
sir les habits .t les coilTurcs qui leur siéraient 
le mieux. Nouvelle peine pour Cendrillon; 
car c'était elle qui repassait le linge de ses 
HEurs et quigodronnait leurs manchettes. On 
ne parlait que de la manière dont on l'babil- 



i=s 



iiliiliiiKii 



immiS(!!.fe^'*^'*^fe-^r^5 



lerait. Moi, dit l'atnée, je mettrai mon habit 
de velours rouge et ma garniture d'Angle- 
terre. Moi, dit la cadette, ie n'aurai que ma 
jupe ordinaire; mais, en recompense, je met- 
trai mon manteau & fleurs d'or et ma rivière 
de diamants, qui n'est pas des plus indiHé- 
rentes. On envoya quérir la bonne coiiTeuse 
pour dresser les cornettes à deux rangs et on 
nt acheter des mouches de la bonne faiseuse. 
Elles appelèrent Cendrillon pour lui deman- 
der snii avis, car elle avait le goût bon. Ccn- 
drillun les conseilla le mieux du monde, et - 
s'oiTril même à les coiffer, ce qu'elles vou- 
lurent bien. En les coiffant, elles lui disaient: 
Cendrillon, serais-lu bien aise d'allerau bal? 
— Hélas 1 mesdemoiselles, vous vous moquez 
de moi ; ce n'est pas là ce qu'il me faut. — Tu 
as raison ; on rirait bien, si on voyait un Cu- 
cendron aller au bal. 'Une autre que Cendril- 
lon les aurait coiffées de travers ; mais elle 
était bonne, et elle les coiffa parfaitement 
bien. Elles furent près de deux jours sans 
manger, tant elles étaient transportées de 
joie. On rompit plus de douze lacets, à force 
de les serrer pour leur rendre la taille plus 
menue, et elles étaient toujours devant leur 
miroir. Enfin, l'heureux jour arriva : on 
partit, et Cendrillon les suivit des yeux le 
plus longtemps qu'elle put. Lorsqu elle ne 
les vit plus, «Ile se mit à pleurer. Sa mar- 




5 



M 

raine, qui I* vit tout «n pleun, loi «eman te 
ce qu'elle avait. Je Touarait bien... ie tou- 

drua bien... Elle pleurait ti fort, ()u elle ne „_. 

-lUt Bcbever. Sa marraine, qui était fée, lui %^i 

M : Tu voudrais bien aller au bal, n'est-ce |s| 

pas? Hélasl oui, dit Gendrillon en soupirant ^^s!^ 

Hé bien, wnw-tu bonne fille? dit sa mar- rSî 

raine; je t'y ferai aller. Elle la mena dans |g^ 

sa cbambre, et lui dit : Ta dans le jardin ei $=t 

apporte-moi une citrouille. Gendrillon alla {rSj 

aussitôt cueillir la plus belle qu'elle put troii. ^s^ 

^er, et la porta à sa marraine, ne pouvant de- f si 

viner comment cette citrouille la pourraitfaire f=l 

jiller au bal. Sa marraine la creusa, et n'ay- jsî 

ant laissé que l'écoree, la frappa de sa ba- %=â 

guette, et la citrouille fut anssitàt changée en |^i 

un beau carrosse tout doré ; ensuite elle alla ^^| 

regarder dans la souricière, où elle trouva %Si 

six souris toutes en vie. Elle dit à Gendrillon |s^ 

de lever un peu la trappe de la souricière, et à |=ij 

chaque souris qui sortait, elle donnait un «Csl 

coup de sa baguette, et la souris était aussilAt t^i 

changée en un beau cheval, ce qui fit on bel f=j 

attelage de six chevaux d'un beau gris de sou- <^i 

ris pommelé. Comme elle était en peine de j^S 

Ïuoielle ferait un cocher: Je vais voir, dit %^M 

endrillon, s'il n'y a point quelque rat dans g=3 

la ratière, nous en ferons un cocher. — Tu as jsj 

raison, dit sa m irraine, va voir. Gendrillon «^ 

lui apporta la ratière, ot il y avait trois gros |^ 

rats. iS! 



CUDIIUOR. 



11 



U fée en prit un d'entre lea troii, l eauM |s 

detamaltreue barbe; et l'ayant touché, il <i 

fut changé en un gro» cocher, qui avait une || 

des plus belles moustaches qu'on eût jamais J5 

vues. Ensuite elle lui dit : Va dans le jardin,tu <= 

y trouveras sii lézards contre l'arrosoir ; ap- ?| 

porte-les-moi. Elle ne lei eut pas plu» tel ap- J3 

portés, que sa marraine les chaneea en six <| 

laquais, qui montèrent aussitôt derrière le || 

carrosse avec leurs habits chamarré» et qui js 

s'y tenaient attachés comme s'ils n'eussent iç| 

fait autre chose de toute leur vie. La fée dit jiil 

alors à Cendrillon: Eh bienl voilà de quoi f| 

w j^ aller au bal, n'es-tu pa» bien aise?— Oui, î|=- 

^sS mais est-ce que j'irai comme cela avec me» j^= f 

■Œ* vilains habits ? Sa marraine ne fit que la tou- <g| 
cher avec sa baguette, et en même temps ses If* 
habits furent changés en des habits de drap J| 
d'or et d'argent, tout chamarré» de pierreries : »= 
elle lui donna ensuite une paire de pantoufle» m 



de verre, les plus jolies du monde. Quand elle 
fut ainsi parée, elle monta au carrosse, mai» 
sa marraine lui recommanda sur toutes choses 
de ne paspasser minuit, l'avertissant que, si 
elle demeurait au bal un moment de plu», 
son carrosse redeviendrait citrouille, se» clia- 
vaux des souris, ses laquais des lézards, e» 
que ses vieux habit» reprendraient leur pre- 
mière forme. Elle promit à sa marraine 
^'elle ne manquerait pai de wrtir du MU 




avant niinuil. Elle part, ne se senlaut pai d« 
joie. Le tjls du roi, qu'on alla avertir qu'il 
venait d'arriver une grande princesse qu'on 
ne connaissait point, courut la recevoir ; illui 
donna la main à la descente du carrosse, et la 
mena dans la salle où était la compagnie. Il 
se fit alors un grand silence ; on cessa de dan- 
ser, et les violons ne jouèrent plus, tant on 
était attentif à contempler les grandes beautés 
de cette inconnue. On n'entendait qu'un bruit 
confus : Ah ! qu'elle est belle 1 Le roi même, 
tout vieux qu'il était, ne laissait pas de la re- 
garder et de dire tout bas h la reine qu'il ^ 
tvait longtemps qu'il n'avait vu une m belle 
et si aimable personne. Toutes les dames 
étaient attentives à considérer sa coiffure et 
ses habits, pour en avoir, dès le lendemain, 
de semblables, pourvu qu'il se trouvât des 
étoiles assez belles et des ouvriers assez ha- 
biles ^e fils du roi la mit à la place la plus 
honorable, et ensuite la prit pour la mener 
danser. Elle dansa avec tant as grâce qu'où 
l'admira encore davantage. On apporta une 
fort belle collation, dont le jeune prince ne 
mangea point, tant il était occupé à la consi- 
dérer. Elle alla s'asseoir auprès de ses sœurs, 
et leur &t mille honnêtetés : elle leur fil part 
des oranges et des citrons que le prince lui 
avait donnés, ce qui les étonna fort, car 
elles ne la reconnaissaient point. Lort- 




CBIDIIUOI. 

au'ellei Téulmiraient ainii, Gendrillon enten- 
dil sonner onie heures trois quarts : elle Ùl 
aussitdl une grande révérence a la compagnie, 
et s'en alla le plus vite qu'elle put. Dès qu'elle 
fut arrivée, elle alla trouver sa marraine j et 
après l'avoir remerciée, elle lui dit qu'elle 
souhaitait bien aller encore le lendemain 
au bal, parce que le fils du roi l'en avait 
priée. Gomme elle était occupée à raconter i 
sa marraine tout ce qui s'était passé au bal, 
les deux sœurs heurtèrent à la porte : Gen- 
drillon leur alla ouvrir. Que vous êtes long- 
temps à revenir! leur dit-elle en bâillant, en 
le frottant les yeux, et en s'étendani comme 
■i elle n'eût fait que de se réveiller. Elle n'a- 
vait cependant pas eu envie de dormir de- 
puis qu'elles s étaient quittées. Si lu étais 
venue au bal, lui dit une de ses soeurs, tu ne 
I'; serais pas ennuvée : il est venu la plus 
belle princesse, la plus belle qu'on puisse ja- 
mais voir ; elle nous a fait mille civilités, elle 
nou<' a donné des oranges et des citrons. Gen- 
driwon ne se sentait pas de joie. Elle leur de- 
manda le nom de cette princesse; mais elles 
lui répondirent qu'on ne la connaissait pas ; 
que le fils du roi en était fort en peine, et 
qu'il donnerait toute chose au monde pour 
«avoir qui elle était. Gendrillon sourit et leur 
dit: Elle était donc bien belle 1 Mon Dieu, 
que vous êtes heureuses I Ne pourrais-je poini 



14 



GOHTBS DES ttM. 




la voir? Hélas 1 mademoiselle Javotle, pré- 
lez-moi votre habit jaune, que vous mettei 
tous les jours. Traiment 1 dit mademoiselle 
Javotte, je suis de cet avis. Prêter mon habit 
à un vilain Cucendron comme cela 1 il fau- 
drait gue je fusse bien folle. Cendrillon s'at- 
tendait bien à ce refus, et elle en fut bien 
aise; car elle aurait été grandement embar- 
rassée, si sa sœur eût bien [voulu lui prêter 
son habit. 

Le lendemain, les deux sceurs furent au 
bal, et Cendrillon aussi, mais encore plus pa- 
rée que la première fois. Le fils du roi fut 
toujours auprès d'elle, et ne cessa de lui con- 
ter des douceurs. La jeune demoiselle ne 
s'ennujait point, et oublia ce que sa marraine 
lui avait recommandé; de sorte qu'elle ei>- 
teiidit sonner le premier coup de minuit, lorb- 
qu'elle ne croyait pas qu'il fût encore onze 
heures ; elle se leva et s'enfuit aussi légère- 
ment qu'aurait fait une biche. Le prince la 
suivit, mais il ne put l'attraper. Elle laissa 
tomber une de ses pantoufles de verre, que 1« 

Îtrince ramassa bien soigneusement. Gendril 
on arriva chez elle bien essoufflée, sans car 
rosse, sans laquais, et avec ses méchants ha- 
bits, rien ne lui étant resté de toute sa ma- 
gnificence qu'une de ses petites pantoufles, la 
pareille de celle qu'elle avait laissé tomber. 
On demanda aux gardw de la porte du palaii 



\ 



eniDUUOii. 

('ils n'avaieni point tu iortir une prineetH : 
iU diient qu'ils n'avaient ■vu torlir penonn» 
qu'une jeune fille fort mal velue, qui avaj» 
plus l'air d'une oa-yEanoe que d'une demoi- 
selle. Quand se» âeux sœurs revinrent du bal, 
Cendrillon leur demanda si elles s'étaient en- 
core bien diverties, et si la belle dame v avai 
été : elles lui dirent que oui, mris qu'elle »'é- 
lait enfuie lorsque mmuil cvait sonné, et •> 

Sromptement, qu'elle avait laissé tomber unf 
eses petites pantouQes de verre, la plus jolie 
du monde ; que le ftl» du roi l'avait ramassée, 
et qu'il n'avait fait que la regarder tout te 
reste du bal, et qu'assurément il é|ait fort 
amoureux de la belle personne à qui appar- 
tenait la petite pantoulle. Elles direrl vrai, 
car, peu de jours après, le fils du roi Ht pu- 
blier & son de trompe qu'il épouserait celle 
dont le pied scrail bien juste a la pantoufle. 
On commença à l'cssajer aux princesses, en- 
suite aux duchesses et à toute la cour ; mais 
inutilement. On la portatbci les deux soeurs, 
qui firent tout leur possible pour faire entrer 
leur pied dans la pantoulle; mais elles ne 
purent en venir à bout. Cendrillon, qui les 
regardait, et qui reconnut sa pantoufle, dit en 
riant : Uue je voie si elle ne me serait pat 
bonne 1 Ses sœurs te mirent à rire et à se 
moquer d'elle. 
Le i(eatilhomi0e qui faisait l'essai de la pan- 




^\ 




mi 



toufle ayant regardé attentivement CendrilloD, 
et la trouvant fort bel' .-, dit que cela était 
trèi-jnste, et qu'il avait ordre de l'essayer i 
toutes les filles. Il fit asseoir Cendrillon, et, 
approchant la pantoufle de son petit pied, il 
vit qu'elle y entrait sans peine, et qu'elle y 
était juste comme si elle eût été de cire. 
L'étonnement des deux sœurs fut grand, mais 
plus grand encore quand Cendrillon lira de sa 
poche l'autre petite pantoufle, qu'elle mit à 
son pied. Là-dessus arriva la marraine, ijni, 
ayant donné un coup de sa baguette sur les 
habits de Cendrillon, les fli devenir encore 
plus magnifiques que tous les autres. 

Alors ses deux sœurs la reconnurent pour 
la belle personne qu'elles avaient vue au bal. 
Elles sejetèrent h ses pieds, pour lui deman- 
der pardon de tous les mauvais traitements 
qu'elles lui avaient fait souffrir. Cendrillon 
les^ releva et leur dit, en les embrassant, 
qu'elle leur pardonnait de bon cœur, qu'elle 
les priait de l'aimer bien toujours. On la 
mena chez le jeune prince parée comme elle 
était. Il la trouva encore plus belle que ja- 
mais, et peu de jours après, il l'épousa. Cen- 
drillon, qui était aussi bonne que belle, fil 
loger ses deux sœurs a\< palais, et les maria 
dès le même jour i deux grandi seigneurs 
delà n ir. 



Miiiiiiii^^ 



eiilDRILUM. il 

HORAUTâ. 

la bMnU, pour la leie, est ua rare lr4ior | 
De l'tdmlnr luntU on ne ta Itaaa ; 
lUie et 4a on nomme bonne grt yt, 
Eitnni prix, et raut mieux enoor. 
Ceet oa qu'à Cendrlllon fit trolr la manrtlna, 
En la dresaant, en linstruiiant 
Tant et il bien qu'elle en fit une reine ; 
Car alnai sur ce conte on va moralisant. 
Bellea, ce don Tant mieux que d'ttre bien eolUéaa ) 
Pour engager un cœur, pour en Tenir à bout, 

La bonne giiee est le Trai don des Fies, 
laaa alla OD n* paat rien, aTco allaonpaal la«. 



«ssâi 




il 



iiiiiiiipiiiiiiiu^^ 



i'- 



ii!ii 



18 



COMTR< DES TtMI. 



MAITRE CHAT 
on 

LE CHAT BOTTÉ. 



Un meunier ne laisaa pour (oui bien» k 
trois enfants qu'il avait que son moulin, son 
àne et son cbat. Le partage fut bicntAl fait, 
ni le notaire ni le procureur n'y forent ap- 
pelés ; ils auraient eu bienlAt mangé tout lepau- 
vre patrimoine. L'atné eut le moulin, lèse ■ 
cond eut l'àne, et le troisième n'eut que le 
cbat. Ce dernier ne pouvait te consoler d'a- 
voir un si pauvre lot. Mes frères, disait-il, 
pourront gagner leur vie honnêtement en te 
mettant ense'mble ; pour moi, lorsque j'aurai 
mangé mon chat, et que je me serai fait un 
manchon de sa peau, ■.! faudra que je meure 
de faim. 

Le cbat, qui entendait ce discourt, mais 
qui n'en fil pat semblant, lui dit d'un air po- 
sé et sérieux : Ne vous aOligez point, mon 
maître; vous n'avez qu'à me donner un sac 
et me taire faire une paire de boites pour al- 
ler dans les bruastailles, et voua verret que 



Wm 



U CBAT 1011*. Iv 

VOUS n-étc> pai >i mil partagé qut toui !• 
croyez. 

Quoique le maître dit chat ne fit pa> grand 
fond là-deuui, il lui avait vu faire tant de 
louri de lOupleMe pour prendre des rats et 
des souris, comme quand il se pendait par les 
pieds ou qu'il se cachait dans la farine pour 
faire le mort, qu'il ne désespéra pas d'en être 
secouru dans sa misère. Lorsque le chat eut 
ce qu'il avait demandé. Use botta bravement ; 
et, mettant son sac à son cou, il en prit les 
cordons avec ses deux pattes du devant, et s'en 
alla dans une garenne où il y avait grand 
nombre de lapins. Il mit du son et des lace- 
rons dans son sac, et, s'étendant comme s'il 
eût été mort, il attendit que quelque jeune 
lapin, peu instruit encore des ruses de c« 
monde, vint se fourrer dans son sac pour man- 
ger ce qu'il ; avait mis. A peine lut-il cou- 
ohé, qu il eut contentement : un jeune étour- 
di de lapin entra dans son sac, et le maître 
chat, tirant aussItAl les cordons, le prit et le 
tua sans miséricorde. Tout glorieux de sa 
proie, il s'en alla chez le roi et demanda à lui 
parler. On le fit monter à l'appartement de 
Sa Majesté, où étant entré, il fit une grande ré> 
vércnce au roi, et lui dit : Voili, sire, un la- 
pin de garenne que M. le marquis ce Carabai 
(c'étkit le nom qu'il prit en gre de donner k 
son mattre) m'a chargé de voua présenter d« 



1 

n 



'Π



*> eoRTU DM rtn. 

M P«ri. 0I« à ton matire, répondit le roi, m* 

âulM toi! il alli M etcBer dam un blé. tenant 
tpujogr» ion ue ouTert ; et lorsque deux per- 
drix j Airent entrées, il Ura les cordons etWcs 
prit toutes doux. Il alla ensuite les présenter 
tu roi, comme il av.dt fait du lapm de (ta- 
renne. Le roi reçut encore avec plaisir les 
de IX perdrix, et lui 0t donner k boire. Le 
chat continua ainsi, pendant deux ou trois 
mois, de porier de temps en temps au roi du 
giUer de la chasse de son maître. 

Un jour qu'il luiouele roi devait aller 1 
U Promenaae sur leïord de la rivière, avec 
•a Bile, la plus belle princesse du monde, il 
dit i son maître : Si tous voule* suivre moD 
conseil, votre fortune est (kite: vous n'avei 
qu à vous baigner dans la rivière i l'endroit 
gue je vous montrerai, et ensuite m( laisser 
faire. Le marquis de Carabas fit ce que ion 
chat lui conseillait, sans savoir i quoi cela 
serait bon. Dans le temps qu'il selaignait. 
le roi vint à nasser, et le chat se mit à crier 
de toute sa force: Au secours I au secours I 
voilà M. le marquis de Carabas qui se noie 
A ce en, le roi mit la tête à la portière, et! 
reconnaissant le chat qui lui avait apport 
Unt de fois du gibier, il ordonna à ses gardes 
qu on alUt ville au secours de M. le mlrquii 
le Carabas. Pendant qu'on reUrail le pauv- 



fa 



I 





k 
II 




mirquli de la rlTiire, le chil, «'«pproehinl 
du carroue, dit au roi que, daii» le tempi que 
ion maître ae baignait, Il était venu dei vo- 
leura oui avaient emporté aei babitt, quoi- 
qu'il eût crié au voleur de toutei set force» ; 
le drdie Ici avait cachet tout une grotte 
pierre. Le roi ordonna auttitôt aux olnciert 
de sa garde-robe d'aller quérir un de tei plut 
beaux habits pour M. le marquis de Cnrabat. 
Le roi lui lit mille caresiet, et comme let 
beaux habits qu'on venait de lui donner, re- 
levaient sa bonne mine (car il était beau et 
bien fait de ta personne), la fille du rui le 
trouva fort à son gré, et le marquis de Cara- 
bas ne lui eut pas plustdt jeté deux ou trois 
regards fort respectueux et un peu tendres, 
qu'elle en devint amoureuse à la folie. Le 
roi voulut qu'il montât dans son carrosse et 
qu'il fût delà promenade. Le chat, ravi de 
voir que son dessein commençait à réussir, 
prit let devanlt, cl a-;ant rencontré des pay- 
sans qui fauchaient un pré, il leur dit: 
Bonnes getu qui faucha, « vous ne dites au rni 
lue le pré que vous fauchez appât tient à M. 
le marquis de Carabas, mus serez tous hachés 
menu comme chair à yâté. Le roi ne manqua 
pas à demander aux faucheurs à qui était ce 

S ré qu'il» fauchaient. C'est i M. le marquis 
e Carabas, dirent-ils tous ensemble; car 
U menace du chat leur avait fait peur. Vwii 




COHTIS DBS FËBS. 

avei li un bel héritage, dit le roi au marquii 
de Carabas. Vous voyei, sire, répondit le 
marquis, c'est un pré qui ne manque point de 
rapporter abondamment toutes les années. 
Le maître chat, qui allait toujours devanti 
rencontra des moissonneurs, et leur dit : 
Bonnes gens qui moissonnez, si vous ne dites 
mie ces blés appartiennent à M. le marquis di 
Carabas, vaut serez tous hachés menu comme 
chair à pâté. Le roi, qui passa un moment 
après, -voulut savoir à qui appartenaient les 
blés qu'il voyait. C'est à M. le marquis de 
Carabas, répondirent les moissonneurs. Et le 
roi s'en réjouit encore avec le marquis. Le 
chat, qui allait toujours devant le carrosse, di- 
sait toujours la même chose à tous ceux qu'il 
rencontrait ; et le roi était étonné des grands 
biens de M._ le marquis de Carabas. Le maî- 
tre chat arriva enfin dans un beau château, 
dont le maître était un ogre, leplusriche qu'on 
eût jamais vu, car toutes les terres par où le 
roi avait passé étaient de la dépendance de ce 
château. Le chat eut soin de s'informer qui 
était cet ogre, et ce qu'il savait faire, et de- 
manda à lui parler, disani qu'il n'avait pas 
voulu passer si près de son château sans avoir 
l'honneur de lui faire la révérence. L'ogre le 
reçut aussi civilement que le peut un ogre, 
et le fit reposer. On m'a assuré, dit le chat, 
que vous «viet le don de vous changer en 



Sfeift'Sift;féï(!!'.'^'^^*i^*4A* 



ut CHAT BOTTâ. 






93 



toutes sorte* d'animaux, que voui pouviet, 
par exemp'e, vous transformer en lion, en 
éléphant. 

Cela est vrai, répondit l'ogre brusquement, 
et pour vous le montrer, vous m'allez voir 
devenir un lion. Le chat fut si effrayé de 
voir un lion devant lui, qu'il gagna aussitôt 
les gouttières, non sanspeine et sans péril, à 
cause de ses bottes qui ne valaient rien pour 
marcher sur les tuiles. 

Quelque temps après, le chat ayant vu qu« 
l'ogre avait repris sa première forme, descen- 
dit et avoua qu'il avait eu bien peur. On m'a 
assuré encore, dit le chat, mais je ne v turais 
le croire, que vous aviez le pouvoir de pren- 
dre la forme des plus petits animaux, par ex- 
emple, de vous changer en un rat, ou une 
souris; je vous avoue que je tiens cela tout à 
fait impossible. Impossible 1 reprit l'ogre; 
vous allez le voir. Et en même temps il se 
changea en une souris, qui se mit i courir 
sur le plancher. Le chat ne l'eut pas plus tAt 
aperçue qu'il se jeta dessus et la mangea. Ce- 
pendant le roi, qui vit en passant lebeauchft- 
teau de l'ocre, voulut entrer dedans. Le chat, 
qui entendit le bruit du carrosse qui passait 
sur le pont-levis, courut au-devant et dit au 
roi : Votre Majesté soit la bienvenue dans ce 
:hàteau de M. le marquis de Carabas. Com- 
ment, moniiear le marquis, l'écria le roi. cê 



'-■'$< 




COKTKS DES FSES. 

chAteau est encore à tou> ? H ne le peni rien 
voir de plus beau que cette cour et que tou* cet 
bftiimenis qui l'environnent : voyons le de- 
dans, s'il vous platt. Le marquis donnr i» 
main & la jeune princesse et, suivant le roi 
qui montait le premier, ils entrèrent dans une 
grande s.ille où ils trouvèrent une magnifique 
collation que l'ogre avait fait préparer pour 
ses amJ3, qui le devaient venir voir ce jour- 
là ; mais qui n'avaient pas osé entrer, sachant 
que le roi y était. Le roi, charmé des bonnes 
qualités de M. le marquis de Carabas, de 
même que sa fille qui en était folle, et voyant 
les grands biens qu il possédait, lui dit, après 
avoir bu cinq ou six coups : 11 ne tiendra 
qu'à vous, monsieur le marquis, que vous ne 
(oyez mon cendre. Le marquis, faisant de 

firandes révérences, accepta l'honneur que 
ui faisait le roi, et dès le jour même il épou- 
sa la princesse. Le chai devint grand sei- 
gneur, il ne courut plus après les souris qun 
pour se divertir. 

MORAUTÉ. 

Quelque grand que aoit l'avantage 
De jouir d'un rictie liâritage 
Venant à nous de père en (ils, 
Alix jeunes gens pour l'ordinaire, 
t'industrieet le savoir-faire 
Valent mieux que des biens acquis. 



lîl'miniimffiiMÎiimmi'ilîîm^ 




.^. J IIIIIIIIIIH^ 



U VETIT CHAPERON ROtieE. 



ss 



LE PLflT CHAPERON ROUGE. 



Il élajt une foi> une petite fille de village, 
la plus jolie qu'on eût su voir, sa mère en 
était folle, et sa mère-grand plus folle encore. 
Cette bonne femme lui flt faire un petit cha- 
peron rouge qui lui seyait si bien, que par- 
tout on l'appelait le Petit Chaperon Rouge. 

Un jour, sa mère ayant fait des galettes, 
lui dit : Va voir comment se porle ta mère- 
grand ; car on m'a dit qu'elle était malade : 
Îorte-lui une galette et ce petit pol de beurre. 
■e Petit Chaperon Rouge partit aussitôt pour 
•lier chei sa mère-grand, qui demeurait dans 
on autre village. En passant dans un bois, 
elle rencontra compère le loup, qui eut bien 
envie de la manger, mais il n osa, î cause de 
quelques bûcherons qui étaient dans la forêt, 
n lui demanda où elle allait. La pauvre en- 
fant,_quine savait pas qu'il était dancereux 
de_ s'arrêter à écouter un loup, lui dit: »f 
vais voir ma mère-grand, et lui porter une 

f;alette avec un pot de beurre que ma mère 
ui envoie. — Demeure-t-elle bien loin? lui dit 
le loup.— Oh 1 oui, lui dit le Petit Chaparoa 






COMTES DES FEES. 

Rouge ; c'est par-deli le moulin ^ne roui 
TOjez tout là-bas, lù-baa, à la première mai- 
ton du village.— Eh bien, dit le loup, je veux 
l'aller voir aussi ; je m'y en vais par ce che- 
min-ci, et toi par ce chemin-là, et nous ver- 
rons à qui y sera plus tôt. Le loup se mit à 
courir de toute sa force par le chemin qui 
était le plus court, et la petite iille s'en alla 
par le chemin le plus long, s'amusant à cueil- 
lir des noisettes, a courir après des papillons 
et à faire des bouquets des petites fleuri 
qu'elle rencontrait. Le loup ne fut pas long- 
temps à arriver à la maison delà mère-grand; 
il heurta : toc, toc. — Qui est-là? — C'est votre 
flile, le Petit Chaperon Rouge, dit le loup et 
contrefais.'int sa voix, qui vousapporte une ga- 
lette et un petit pot de beurre que ma mèru 
vous envoie. La bonne mère-grand, qui était 
dans soh lit, à cause qu'elle se trouvait un 
peu mal, lui cria : Tire la cbevillette, la bo- 
binelte cherra. Le loup tira h chevilletle, et 
la porte s'ouvrit. Il le jeta sur la bonne fem- 
me, et la dévora en moins de rien ; car il y 
avait plus de trois jours qu'il n'avait mangé. 
E 'Uite il ferma la porte, et s'alla coucher 
dans le lit de la mère-grand, en attendant le 
Petit Chaperon Rouge qui, quelque tem,is 
après, vint heurter àla porte. 'Toc, toc. — Qui 
est là? Le Petit Chaperon Rouge, qui enten- 
dit la grosse voix du loup, eut peur d'abord ; 





mais, croyant que sa mère-grand était enrhu- 
nitc, il répondit : C'est votre fille, le Petit Cha- 
pei on Rouge, qui vous apporte une galette et 
un petit pot de beurre que ma mère vous en- 
voie. Le loup lui cria, en adoucissant un peu 
sa voix -Tire la clievillelte, la bobinette cher- 
ra. Le Petit Chaperon Rouge tira la chevil- 
ielk', et la porte s'ouvrit. Le loup, la voyant 
entier, lui dit, en se cachant dans le lit, sous 
In cnuverture : Mets la galette et le petit pot 
de beurre sur la huche, et viens le coucher 
avec moi. Le Petit Chaperon se déshabille, et 
va ie nicllre dans le lit, où elle fut bien éton- 
née de voir comment sa mère-grand était faite 
en son déshabillé. Elle lui dit : — Ma mère- 
grand, que vous avez de grands bras 1 — C'est 
pour mieu.Y t'embrasser, mon enfant.— Ma 
mère-grand, que vous avez de grandes jam- 
hos! — C'est pour mieux courir, mon enfant. — 
Ma mère-grand,que vous avez de grandes oreil- 
les ! — C'est pour mieux écouter, mon enfant. 
— Ma uière-grand, que vous avez de grand» 
yeux ! — C'est pour mieux voir, rr.on enfant. 
— Ma mère-grand, que vous a>ez de grande» 
dénis !— C'est pour mieux le manger. Et en 
disant ces mots, le méchant loup se jeta sur- 
le Petit Chaperon Rouge et le mangea. 
HORAUTfi. 

Ou vMt îci que les jeunes enfantin 

Surtout déjeunes filles, 
Belles, bien faites et gentilles, 



u^^iËiSiiisiii^i^t^.i^i^*^^'^'^^^^^^'^^'^^^^* 




CONTES DES tti». 



Font trt*-nMl d'écouter loutet lortea de gioii 
Et que ce n'est pu choie étrange 
S'il en est tant que le loup nuiDga. 
Je dis le loup, car tous les loupt 
Ne sont pas de la même sorte, 
n en est d'une humeur accorte, 
Sans bruit, sans Bel et sans courroui, 
Qui, privés, complaisants et doux. 
Suivent les Jeunes demoiselles 
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles, 
Hais, hélas I qui ne sait que ces loups doucereu 
De tous la loups sont las plus dangereux I 



^èaM» 




Il «ai» une foia un bAchercn *i n». kA i. 

ronne qui .valent sep. eSfanT.? .ou! «?ctr 

La.uén_ava.lquedii ans. enr^ST.?!: 



.-...„,,„. «ntieni sepi enfanlt, (ou* earann» 
L aillé n avait que dix ans et i. •.b'"^*»"»' 
n'en avait que .eot On °-;,„li!.P'"' ji;?»» 



i^^^v^i^'l-.:'^^^^;^.'".^^^ 

çheron «t eu tant d'enfanU en ./ -„ d«* 

teVé^ntr pTuvr "e't îe^nii'^'i^ \ 
enfanu lei incommodaient beâuco ,""•'' 
qu'aucun d'eux ne pouv.*î;^ncô«7i„Pr» 

et quand il vint au mo*;."; XifVjZ 





CURTBS DU rÊEI. 

ehéi, et que le bûcheron était au coin du feu 
avec ta femme, il lui dit le cœur serré de 
douleur: Tu voii bien que nous ne pouvons 
plus nourrir nos enfants; je ne saurais les 
voir mourir de faim devant mes yeux, et je 
tuii résolu de les mener perdre demain au 
bois, ce qui sera bien aisé, car, tpidis qu'ils 
l'amuseront à fagoter, nous n'avons qu'à nous 
enfuir sans qu'il» nous voient. — Ah 1 s'écria 
la bûcheronne, pourras-tu bien loi-même 
mener perdre tes enfants? Son mari avait 
beau lui représenter leur grande pauvreté, 
elle ne pouvait y consentir : elle était pauvre, 
mais elle était leur mère. Cependant, yant 
considéré quelle douleur ce lui serait e les 
voir mourir de faim, elle y consentit, et alla 
se coucher en pleurant. Le Petit Poucet ouït 
tout ce qu'ils dirent ; car, ayant entendu de 
son lit qu'ils pariaient d'affaires, il s'étaitle- 
vé tout doucement, et s'était glissé sous l'es- 
cabelle de son père pour les écouter sans être 
vu. Il alla se recouclier, et ne dormit point 
le reste de la nuit, songeant à ce qu'il avait à 
faire. Il se leva de bon matin, et alla au bord 
d'un ruisseau, où il remplit ses poches de pe- 
j«^^ lits cailloux blancs, et ensuite revint à la mai- 
î^if son. 

iS> On partit, et le Petit Poucet ne découvrit 

^=5 rien de ce qu'il savait à ses frères. ^lls al- 
1=1 lèrent dans une forêt fort épaisse, o& à diz 




mil fODCKT. 

Si' 'l'/hîl'iî" °" "• l» !°I"« P" ''"n l'au- 
tre. Le bûcheron k mit à couper du bois el 

se. enf,n,s à rajn„«r de, Lufilles^ou 

f.ire des fagots. Le père et la mère, les vov' 

insens.ilement c puis s'enfuirent tout à coiin 
par un pelil sentier détourné 
Lorsoue ces enfants se virent seuls ils s* 

Le'pemPot^*',*'!'^•"'•''.^'^«'•°"•«'""^f^ 
D»r n^- il '•' 'f '?"'*' "'«'•• "'cl.anll.ien 
par ou ,1» reviendraient à la maison ; car en 
marchant il avait laissé tomber le onif d" 
chemin le- petit, caillouï bl.nc. nu il avai^ 
dans se. pocÊe.. Il leur dit donc : No crai- 
gnez point, mes frère. ; mon père et ma nièi^e 

".•en lu o^l^' "'■ "'"'' f'' ™"» ™-"êS 
Jien au. logi. suivez moi seulement Ils Ip 

suivirent et il les mena iusqu'à leur ma son 

&rT ^^'^"'''" 1" il'-^'oientvenrdan" 
la foret. Ils n'osèrent d'abord entrer mais s 
«mirent tous contre la porte pour écoule 
tout ce nue disaient leur p'ère et"!."- ,Ze 

Dans le moment que le bûcheron it la bû- 
cheronne arrivèrent chez yix. leseign.ur .lu 
village leur envoya dix éc« qu'il leur devai" 
il y avait longtemps, et dont 'ils n'esnéraion 
plus rien. Cela leur redonna la vie, "^ar îë, 
pauvres gens mouraient de faim. Le bûclie? 
ron^onvoja sur l'heure s. femme à I. |ou: 



It 'Il 




lî 






i 



iMm 



tt coans DU ru*. 

Comme il j arait lon^emp* au1Ii n'aVâieiri 
mangé, elle acheta trois fou plut de viande 
qu'il n'en fallait pour le Muper de deux per- 
lonnet. Lorsqu'ili furent ratiaiiéa, la bûche- 
ronne dit: Hélait où lonl maintenant noi 
paiivrei enfants ? lit feraient bonne chère de 
ce qui nous reste I&. Mais aussi, Guillaume, 
c'est toi qui les as voulu perdre : j'avais bien 
dit que nous nous en repentirions. Que font- 
ils maintenant dans cette forêt? Hélas ! mon 
Dieu, les loups les ont peut-être déjà mandés. 
Tu es bien innumain d'avoir perdu ai.isi tes 
enfants. Le bûcheron s'impatienta à la fin, 
car elle redit plus de v-ngt fois mi'il s'en re- 
pentirait, et qu'elle l'avait bien ail. Il la me- 
naça de la battre si elle ne su taisait. Ce n'est 
pas que le bûcheron ne fût peut-être encore 

rilus fâché que sa femme, mais c'est qu'elle 
ui rompait la tête, et qu'il était de l'humeui 
de beaucoup d'autres gens qui aiment fort les 
femmes qui disent bien, mais qui trouvent 
très-importunes celles qui ont toujours bien 
dit. La bûcheronne était tout en pleurs : 
Hélas 1 où sont maintenant mes enfants, mci 
pauvres enfants 7 Elle le dit une fois si haut, 
que les enfants, qui étaient à la porte, l'ayant 
entendue, se mirent à crier tous ensemble : 
Nous voilà 1 nous voilà 1 Elle courut vite leur 
ouvrir la porte, et leur dit en les embrassant : 
Que je tuis aise de vous revoir, mes chers 



MÎ 




WMiiij 




II 

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II 

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fil 



fiSm"*!! .Tri*'"" î""" '•• •« »»"• "« bien 
ftlm. et toi, Pierrot, comme te voilà crolMI 
Tiens que je te débarbouille. ' 

Pierrot était son fils aîné, qu'elle aimait ni», 
que tous le. autre», parce qu'il état un P" 
rouweau et qu'elle était un peu rousse 11^8* 
mirent à tabfe, et mangèrent d'un appé, , „Si 
faisait ;>laisir au père et i la mère Y^ ,i^N. 
racontaient la peSr qu'ils avaiTn.'e'ue , ' 

boni. f"'/." f""'"*' '""* «nse-nble Ceï 
bonnes gens étaient ravi, de revoir leur» en- 
fents avec eux, et cette joie dura JanI qu„ )". 
du écus durèrent; mai» loi-squc 'arJni fu 
dépensé. 11. retombèrent d«ns leur pr"m.'^ 
chagrin, et résolurent de le» perdre Se 
et, pour ne pas manquer le coup, de les con- 
duire bien plus loin que la prem^re foi» II. 

Te d ^"'^"Z" ''^' " ^erèlLmen qù- 
ne fussent entendu, par le Petit Poucet; „" 

"vaUdéiàT,?" ''«.«'^"■' d'affaire comme^" 
avait déjà fait: mais, quoiqu'il se fût levé de 

ou», I ne put en venir à bout, car il trouva 
a porte de Ta maison fermée à double tour 

léuraTam'r/-'':'' 1'"'^'''"= '« bûcheroZi 
n,ïn J 1 "j?" "^''^ci-n un morceau de 
pain pour leur déjeuner, il songea qu'il nour! 
ra. se .eryir de son pain au lieu de^ câ C 
en le jetant par miettes le long des cheS 
0Ù.1. pas«raient. Il le serra donc Xn?" 






la 



si 



1^^ 





liiiiiilli 



u 



eoani pit Hu. 

poche. Le père et la mère Ici menèrenl dm* 
I endroit de la forêt le plui épaii et le plui 
Dbtciir ; et dèi qu'ili y furenl, ili gaHnèrciil 
un faux-fujjant et let laitsèrent là. Le l'clit 
Poucet ne • en chagrina nai beaucoup, parce 
qu 11 croyait retrouver ainèmeot ion chemin 
par le moyen do ton pain qu'il avait icmé 
partout où il avait passé. Mai» il fut bien «ur- 
pri» lornju'il ne put en retrouver une seule 
miette : le» oiseaux étaient venus qui avaient 
tout mangé. Les voilà donc liicn nilljgé» ; car 
plus ili marchaient, plus ils s'égaraient, plus 
ils « enfonçaient dans la forèl. La nui) vint 
et il s'éleva un grand vent qui leur faisait des 
peurs épouvantable». Ils pensaient n'entendre 
de tout calés que les hurlements des loups 
qui venaient à eux pour les manger. Ils n'o- 
saient presque se parler ni tourner la tête. Il 
survint une grosse pluie qui les perça jus- 
quaux ol ; ils glissaient à chaque pas et tom- 
baient dans 'a boue, d'où ils se relevaient 
tout crottés, ne sachant que faire de leurs 
mains. Le Petit Poucet grimpa au haut -d'un 
arbre pour voir s'il ne découvrirait rien; 
tournant la tête de tous côtés, il vit une pe- 
tite lueur, comme d'une chandelle, mais qui 
était bien loin par-delà la forêt. Il descendit 
de 1 arbre, et lorsqu'il fut à terre, il ne vit 
plu» rieu ; cela le désola. Cependant, ayant 
marché quelque temps avec ses frères du eM 



I 




t« PETIT rODClt. 35 

où il avn.i vu là lumière, il I. revll en tor- 

ou elail elle chandelle, non Hn« bifn d« 
fn.ye.ir», car «.uveni iU la perdaient de vu^ 
ce «Ml leur arrivait toute, les foli qu'ili de.- 
cendaicnt dan. quelque fond. Ili ieurtirenl 

îr "r ' FI u'i" "T """'T ''"""" ''"' '•"*'>" 
rji". ^ '•''»"• «'«'"•nd» ce qu'il, voulaient. 
Le Peu Poucet lui dit qu'il.^étaient de pauI 
^re. cnrinu qui .-étaient perdu, dan. la forêt, 
et qui demandaient à coucher par charité 
Celte femme le. vovant tou. .1 joli., .e mil k 
pleurer, et leur dit: Héla.l me. pauvmên* 
fant. ou «le.vou. venu.? Savei-vou. bien 
que c p.t ICI la mauon d'un ogre, qui manae 
le. pelil, enf,nl.7_Héla.I madime 10^"?- 
pondil le Pet I Poucet, qui tremblait de o, te 
M force au..i bien que se. frère», que ferons 
no». 7 II e.t bien .ûrque le. loup, de laT 
rét ne manqueront pa. de nous manger cette 

JfJ.i'.u /'""'•!•<"" «"non. mieux que 
ce wit M. votre mari oui nou. mange ; peut- 
«requilaura pilié cfe nou., .1 vou. vSulei 
bien I en prier. La femme de logre, qui crut 
qu e e pourrai! le. cacher à .on miri ju"- 

e. mena se chauffer auprè. d'un bon feu. car 
Il y avait un mouton tout entier à la broche 
oour U louper de l'ogn. 














mi 
m 



mi 



Comme Us commençaient à se chauffer, ils 
entendirent heurter 'rois ou quatre grands 
coups à la porte : c'était l'ogre qui revenait. 
Aussitôt sa femme les fit cacher sous le~ lit, et 
alla ouvrir la porte. L'ogre demanda d'abord 
SI le souper était prêt, ei si on avait tire du 
vin, et aussitôt il se mit k table. Le mouton 
était encore tout sangiaul; mais il ne lui 
sembla que meilleur. Il flairait à droite et à 
gauche, disant qu'il sentait la chair fraîche. 
Il faut, lui dit sa femme, que ce soit ce veau 
que je viens d'habiller que vous sentez.— Je 
sens la chair fraîche, te dis-je encore une fois, 
reprit I ogre en regardant sa femme de tra- 
vers ; il y a ici quelque chose que je n'en- 
tends pas. En disant cet mots, il se leva de 
table et alla droit au lit. Ah 1 ,*:; " ■ 'Jà 
donc comme tu veux me tromper, .««udite 
femme 1 Je ne sais à quoi il tient que je ne te 
mange aussi: bien t'en prend d'«tre une 
vieille bête. Voilà du gibier qui me vient 
bien à propos pour traiter trois ogres de mes 
amis qui doivent me venir voir ces jours-ci. 
Il les tira de dessous le lit l'un après l'autre. 
Ces pauvres enfants se mirent i genoux en 
lui demandant pardon ; mais ils avaient af- 
faire au plus cruel de tous les ogres, qui, bien 
loin d avoir de la pitié, les dévorait déjà des 
veux, et disait à sa femme que ce serait là de 
friands morceaux lorsqu'elle leur aurait fait 





iiiiii::!i'i::::"' 

.it«^^..V->.V v^ 



Igf 



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U PETIT rOUCET. 

dne bonne lauce. Il alla prendre un grand 
couteau, cl, en approchant de ces nauvres en- 
fants, iiriiguisail sur une pierre qu'il tenait 
à sa main gauche. Il en avait déjà empoiené 
un, lorsque sa femme lui dit : Que voufez- 
V0U8 faire à l'heure qu'il est? N'aurez-vous 

Pas assez de temps demain? — Tais-toi, dit 
ogre; ils en seront plus morliliés. — Mais 
vous avez encore tant de viande, reprit sa 
femme :_ voilà un veau, deux moutons et la 
moitié d'un cochon. — Tu as Maison, dit l'ogre, 
donne-leur bien à souper, afin qu'ils ne mai- 
grissent pas, et va les mener coucher. La 
bonne femme fut ravie de joie et leur porta 
bien à souper , mais ils ne purent manger, 
tant ils étaient saisis de peur. Pour l'ogre, il 
se remit à boire, ravi d'avoir de quoi si bien 
régaler ses amis. Il but une douzaine de 
coupsde phisqu'à l'ordinaire, ce qui lui donna 
un peu dans la tête et l'obligea de s'aller cou- 
cher. 

L'ogre avait sept filles qui n'étaient encore 
que des enfants. Ces petites ogresses avaient 
toutes le teint fort beau, parce qu'elles man- 
geaient dc^la chair fraîche comme leur père ; 
mais elies avaient de petits yeui gris et tout 
ronds, le nez crochu, et une fort grande bou- 
che avec de longues dents fort aigufs et fort 
éloignées l'une de l'autre. Elles n'étaient pas 
encore fort méchantes, mais elles promet 




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coRns cm rtia. 



taient beaucoup, car elles mordaient déjà lei 
petits enfants pour en sucer le sang. On les 
avait fait coucher de bonne heure, et elles 
étaient toutes sept dans un grand lit, avant 
chacune une couronne d'or sur la tête. Il y 
avait dans la même chambre un autre lit de 
la même grandeur ; ce fut dans ce lit que la 
femme de l'ogre mit coucher les sept petits 
garçons, après quoi elle alla se coucher au- 
près de son mari. 

Le Petit Poucet, qui avait remarqué que les 
filles de l'ogre avaient des couronnes d'or sur 
la tête, et qui craignait qu'il ne prît h l'ogre 
quelque remords dfe ne les avoir pas égorgés 
dès le soir même, se leva vers le milieu de la 
nuit, et, prenant les bonnets de ses frères et 
le sien, il alla doucement les mettre sur la 
tête des sept filles de l'ogre, après leur avoir 
été leurs couronnes d'or, qu'il mit sur la tête 
de ses frères et sur la sienne, afin que l'ogre 
les prît pour ses filles, et ses filles pour les 
garçons qu'il voulait égorger. La chose réus- 
ait comme ill'avait pensé; car l'ogre, s'étant 
éveillé sur le minuit, eut regret d'avoir différé 
•u lendemain ce qu'il pouvait exécuter la 
veille. Il se jeta donc brusquement hors du 
lit, et prenant son grand couteau: Allons 
voir, dit-il, comment se portent nos petit» 
drAles; n'en faisons pas à deux fois. Il mon- 
ta donc i Utons k la chambre de ses &lle«. et 



ir#l!iSSis.v, 




PETIT rOUCBI, 

•'•pprocha du lit où étaient les petits earçons 
qui dormaient tous, exceplé le Petit Poucet' 
gui ciil bien peur lorsqu'il seulit la main dé 
I o^'ie (Mil lui laiait la tête, coniino il avait 
lâte celle de ses frères. L'ocre qui senlil les 
couronnes d'or: Vraimenl, dit-Il, j'iijlais faire 
là un bel ouviiif:e ! Je vois bien (nie j'ai bu 
trop hier au soir. Il alla eiisuilo au lit de ses 
lilles, où, ayant senti les petits bonnets des 
garçons: Ah! les v.ili, ,li|-i|, nos jjaillards- 
travaillons bardiiiiciit. lin disant ces mots ii 
coupa, sans balancer, la norire à si;s sept lilles 
Fort content de celle expédition, il alla se re- 
coucher auprès de sa femme. Aussitôt iiue le 
Petit Poucet entendit roiiller l'ogre, il réveilla 
ses frères, et leur illt de s'habiller proinple- 
mentetdelesui\ie. Ils descendirent douce- 
ment dans le jardin et sautèrent par-dessus 
les iiiurailles. Ils coururent presque toute la 
nuit, toujours en tremblant et sans savoir où 
ils allaient. L'ogre s'étant éveillé, dit à sa 
femme: Va-t'en là-haut habiller ces petits 
drôles d'hier au soir. L'ogresse fut fort éton- 
née de la bonté de son mari, ne se doutant 
point de la manière qu'il entendait qu'elle les 
habillât, et croyant qu'il lui ordonnait de les 
aller vêtir. Elle monta en haut, où elle fui 
bien surprise lorscpi'elle aperçut ses sept fillei 
égorgées et nageant dans leur sang. Elle 
commença par n'évanouir (car c eat le pr«- 









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■nier expédient que trouvent le> femmei en 
pareilles rencontres). L'ogre, craignant que 
sa femme ne fût trop longtemps à faire !a be- 
sogne dont il l'avait chargée, monta en haut 
pour lui aider. li ne fut pas moins étonné 
que sa femme lorsqu'il vit cet affreux spec- 
tacle. Âhl qu'ai-je lait là? s'écria-t-il. Ils 
me le paieront, les malheureux, et tout à 
l'heure. Il jeta aussitôt une potée d'eau dans 
le nez de sa femme, et l'ayant fait revenir : 
Donne-moi vite mes bottes de sept lieues, lui 
dit-il, afin que j'aille les attraper. Il se mil 
en campagne, et après avoir couru de tout 
côtés, ileotra entin dans le chemin où mar- 
chaient ces pauvres enfantb, qui n'étaient plut 
qu'à cent pas du logis de leur père. Ils virent 
I ogre qui allait de montagne en montagne, 
et qui traversait les rivières aussi aisément 
qu'il aurait fait du moindre ruisseau. Le Pe- 
ti^Poucet, qui vit un rocher creux proche le 
lieu où iU étaient, y fit cacher ses nx frères, 
et s'y fourra aussi, regardant toujours ce que 
l'ogre deviendrait. L'ogre, qui se trouvait fort 
las du chemin qu'il avait fait inu!ilement(car 
les bottes de sept lieues fatiguent fort leur 
homme), voulut se reposer, et, par hasard, il 
aîl.i s'asseoir sur la roche où les petits gar- 
çons étaient cachés. Gomme il n'en pouvait 
plus de fatigue, il s'erdormit après s'être re- 
posé quelque temps, et vint à ronfler si ef- 



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u miT roucBT. 



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froyablement, que les pauvres enfants n'en 
eurent pis moins d? peur que quand il tenait 
son grand couteau pour leur couper la gorge. 
Le Petit Poucet en eut moins peitr, et dit ■& 
ses frères de s'enfuir promptcmeni à la mai- 
son pendant que l'ogre dormirait bien fort, 
et qu'ils ne se missent point en peine de lui. 
Ils crurent son conseil, et gagnèrent bien vite 
la maison. Le Petit Poucet s'étiint approché 
de l'ogre, lui tira doucement ses bottes et les 
mit aussitdt. Les bottes étaient fort srandeset 
fort larges; mais comme elles étaient fées, 
elles avaient le don de s'agrandir et de s'ape- 
lisser selon la jambe de celui qui les chaus- 
sait; de sorte qu'elles se trouvèrent aussi 
justes à ses pieds et à ses jambes que si elles 
eussent été taites pour lui. Il alla droit à la 
maison de l'ogre, où il trouva sa femme qui 
pleurait auprès de ses filles égorgées. Votre 
mari, lui dit le Petit Poucet, est en grand 
danger, car il a été pris par une troupe de vo- 
leurs qui ont juré de le tuer s'il ne leur donne 
tout son or et tout son argent. Dans le mo- 
ment qu'ils lui tenaient le poignard sur la 
gorge, il m'aperçut et m'a prié de vous venir 
avertir de l'état oii il est, de vous dire de me 
donner tout ce qu'il a vaillant, sans en rien 
retenir, parce qu'autrement ils le tueront 
sans miséricorde. Gomme la chose presse 
beaucoup, il a voulu que je prisse ses Mte« 




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de sept lieue» que voilà, pour faire diligence, 
•t auui afin que vous ne croyiex pas que je 
luis un affronteur. La bonnu femme, fort 
effrayée, lui donna aussitdt tout ce qu'elle 
avait ; car cet ogre ne laissait pas d'être bon 
mari, quoiqu'il mange&t les petits enfants. 
Le Petit Poucet, étant donc chargé de toutes 
les richesses de l'ogre, s'en revint au logis de 
son père, où .î fut reçu avec bien de la joie. 
Il y a bien des gens qui ne demeurent pas 
d'accord de cette dernièrecirconstance, et qui 



Cs2 prétendent que le Petit Poucet n'a jamais rait î=l 
»is£ ce Tol à l'ogre, qa'k la vérité il n'avait pas fait f sl 



conscience de lui prendre ses bottes de sept 
lieues,parce qu'il ne s'en servait que pour cou- 
rir après les petits enfants. Ces geus-là assu- 
rent le savoir de bonne part, et même pour 
•voir bu et mangé dans la maison du bûche- 
ron. Ils assurent que, lorsque le Petit Poucet 
eut chaussé les bottes de l'ogre, il s'en alla k 
la cour, ob il savait qu'on était fort en peine 
d'une armée qui était & deuz cents lieues de 
\k, et du succès d'une bataille qu'on avait 
donnée. Il alla, disent-ils, trouver le roi, et lui 
dit que, s'il le souhaitait,il lui apporterait des 
nouvelles de l'armée avant la fin du jour. Le 
roi lui promit une grosse somme d'argent, 
s'il en venait à bout. Le Petit Poucet rappor- 
ta des nouvelles dès le soir même, et cette 
•oune l'ayant fait connaître, il gagnait tout 



I* PSTIT POUCET. 



43 



ee qu il voulait; car le roi le payait parfaite- 
mont pour porter ses ordres à l'armée. Apre» 
avoir fait pendant quelque temps le mélierde 
courrier, et j avoir amassé beaucoup de bien, 
Il revint chez son père, où il n'est pas pos- 
sible d imaginer la joie qu'on eut de le revoir. 
Il mit toute sa famille à son aise. Il acheta 
-les ollices de nouvelle création pour son père 
el pour ses frères, et par là il les établit tous et 
ut parfaitement bien sa cour en même temps. 

UORAUTÉ. 

On ne s'afflige point d'avoir beaucoup dtnfanti. 

Quand ils sont beaux, el bien faits et bien eraadi. 
Et d un extérieur qui brilie ; 
Mais «i l'un d'eux est faible, on ne dit mol • 
On le raéprise, on le raille, on le pille : 

Quelquefois cependant c'est ce petit marniot 

Qui fora le bonbeur da toute la famille. 




LA BELLE AU BOIS DOHMANT. 



^1 



II, y avait une fois un roi et une reine qui 
étaient si faciles de n'avoir point d'enfants, si 
fâchés, qu'on ne saurait le dire. Ils allèrent & 
toutes les eaux du monde ; vœux, pèlerinages, 
tout fut mis en œuvre, et rien n'y faisait. En- 
lin pourtant la reine devint mère d'une pe- 
tite nile. On fit un beau baptême ; on don- 
na pour marraines à la petite princesse 
toutes les fées qu'on put trouver dans le pays 
(il s'en trouva sept), alin que, chacune d'elle» 
lui faisarit un don, comme c'était la coutume 
des fées en ce temps-là, la princesse eût par 
ce moyen toutes les perfections imaginables. 
Après les cérémonies*du baptême, toute la 
compagnie revint au palais du roi, oh il y 
avait un grand festin pour les fées. On mit 
devant chacune d'elles un couvert magni- 
fique, avec un étui d'or massif, où il y avait 
une cuillère, une fourchette et un couteau de 
lin or, garnit de diamants et de rubis. Mais 
comme chacun prenait sa place à table, on 
vit entrer une vieille fée qu'on n'avait point 
priée, parce au'il y avait plus de cinquante 
ans qu elle n'était sortie d'une tour, et qu'on It 



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|=i> croynit morte ou enchante ;. Le roi lui fit don- 

J^l "«''""^•'"verl.maiailn'ycutpasnioyendelui 

1=1 donner un elui d'or massif cotnmeauxaulre., 

fej parce que Ion n'en avait fait faire que sep 

ml '"'•'"'•" '^P' '^=«» = '« ^'«'"e ""1 qu'on la më- 

%Mi L?h1 'i" K™'"T'''? quelques menaces entre 

|=J ses dents Une des jeunes fées, qui se trouva 

5^1 auprès délie, l'entendit, et jugeant qu'elle 

'fmf !!?'"'™-" '^°""" V^l"" ''^'^''«"ï don à la PO 

zmi ''',*, P""'^esse, alla, dès qu'on fut sorti de 

î=l table, se cacher derrière la tapisserie. a8n de 

fei, pirlcr la dernière, et de pouvoir réparer 

ml "V'""' 1" " .'ui «?rait possibre, le mal que là 

e=| vieille aurait fait. Cependant les fées com- 

im>. "«nc^enl à faire leur don à la princesse. La 

î^C plus jeune lui donna pour don qu'elle serait 

<=> la plus bel e personne du monde ; celle d'a- 

fej près, nu elle aurait de l'esprit comme un 

1=1 ange: la troisième, qu'elle aurait une erAce 

^mî admirable à tout ce qu'elle ferait; la qua- 

fe| rieme, gu elle danserait parfaitement bien : 

Im^ la cinquième, qu elle chanterait comme uiî 

rs> rossignol, et la sixième, qu'elle jouerait de 

*=| «outes sortes d'instruments dans fa dernière 

iMï perfection. Le rang de la vieille fée étant 

im*- Y"j.' ?"* •*",«" branlant la tête, encore plus 

=1 de depit nue de vieillesse, que la princesse se 

Imf percerait la main d'un fuseau, et qu'elle en 

i^l mourrait. Ce terrible don fit frémir toute la 

^S compagnie, et il n'y eut personne qui ne 



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pleurtt. Dans ce ninmeiil, la jeune fée <ortil 
de dcrrièic la tapisserie, et dit tout huiil c«i 
naroles: Rassurez-vous, roi el reine, votre 
nlle n en mourra pas; il est vrai que je n'ai 
pas asset de puissance pour défaire ce nue 
mon ancienne a fait : la princesse se percera 
la main d'un fuseau ; mais, au lieu d'en mou- 
rir, elle tombera seulement dans un profond 
aommeil oui durera cent ans, au boni de*- 
quel» le fils d'un roi viendra la réveiller. Lk 
roi, pour tâcher d'éviter le malheur annoncé 
par fa vieille, fit publier tuisitdt ui. /-^ii par 
lequel il défendait à toutes personnes de fllèr 
au fuseau ni d'avoir des fuseaux chez soi, 
I0U8 peine de la vie. Au bout de quinze ou 
seize ans, le roi el la reine étant alléa à une 
deleun maisons de plaisance, il arriva que 
la jeune princesse, courant un jour dans le 
château, et montant de chambre en chambre, 
alla jusqu'au haut d'un donjon, dans un petit 
palelas, où une bonne vieille était seule h fl. 
1er sa quenouille. Cette bonne femme n'avaï 
point ouï parler des défenses que le roi avait 
faites de filer au Aiseau.— Que faites-vous là, 
ma bonne femme? dit la princesse.— Je Ole, 
ma belle enfant, lai répondit la vieille, qui ne 
la connaissait pas.— Ah I que cela est joli I 
reprit la princesse ; comment faites-vous 7 
donnoz-moi que je voie si j'en ferai bien au- 
tant. Elle n'eut pas plus tôt pris le fuseau que 



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LA BELLE AU BOIS DORIIAIIT. 

eointne elle était fort vive, un peu étourdie, 
et <|ue d'ailleurs l'arrêt dei fées rordonnail 
ainsi, elle s'en perça la main et tomba éva- 
nouie. La bonne vieille, bien embnrrasséc, 
crie au secours : on vient de tous cAtés ; oii 
jette de l'eau au visage de la princesse ; on la 
délace, on lui frappe dans les mains, on lui 
frotte les tempes avec de l'eau de la reine de 
Hongrie; mais rien ne la faisait revenir. 
Alors le roi, qui était monté au bruit, se sou- 
vint de la prédiction des fées, et jugeant bien 
qa il fallait que cela arrivit, puisque les fées 
lavaient dit, fit mettre la princesse dans le 
plus bel appartement du palais, sur un lit en 
broderie d'or et d'argent. On et^t dit un ange, 
tant elle était belle, car son évanouissement 
n'avait point été les couleurs vives de son 
teiut; ses joues étaient incarnates, et s«g 
lèvres comme du corail; elle avait seulemeat 
les jeux fermés, mais on l'entendait respirer 
doucement, ce qui faisait voir qu'elle n'était 
pas morte. Le roi ordonna qu on la laissât 
dormir en repos, jusqu'à ce que son heure de 
se réveiller fût venue. La bonne fée qui lui 
•vait sauvé la vie en la condamnant à dormir 
cent ans, était dans le royaume de Mataquin, 
i douze mille lieues de là, lorsque l'accident 
arriva à la princesse; mais elle en fut avertie 
en un instant par un petit nain qui 'avait de$ 
botte* de sept lieues (c'étaient des bottes avee 




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luiquellei on faitail ttft iioiict d'une seul* 
enjambéeV La rù« partit auwildl, et on U vit 
au bout (1 une heure arriver dont un thariol 
de feu, traîné par dei dragon». Le roi lui 
alla présenter la main k la descente du cha- 
riot. Elle approuva tout ce qu'il avait fait ; 
mais comme vile était grandement prévoy- 
ante, elle pensa que, quand la princesse vien- 
ilrait à se réveiller, elle serait bien embarras- 
sée toute seule dans ce vieux château : voici 
ce qu'elle flt. Elle toucha de sa baguette tout 
ce qui était dans ce château (hors le roi et la 
reine), gouvernantes, Biles d'honneur, fem- 
mes de ch uibre, gentilshommes, ofliciers, 
maîtres d'Iidtel, cuisiniers, marmitons, galo- 
pins, gardes, suisses, pages, valets de pied ; 
elle loucha aussi tous tes chevaux qui étaient 
dans les éci'i'ies, avec les palefreniers, les 
gros mitins de la basse-cour, et la petite 
Pouffe, petite chienne de la princesse, qui 
était auprès d'elle sur son lit. Dès qu'elle les 
eut touchés, ils s'endormirent tous, pour ne 
s'éveiller qu'en même temps que leur mal- 
tresse, afin d'être toujours prêts à la servir 
quand elle en aurait besoin. Les broches 
mêmes qui étaient au feu, toutes pleines de 
perdrix et de faisans, s'endormirent, et le feu 
aussi. Tout cela se ât en un moment: les 
fées n'étaient pas longues à leur besogne. 
▲Ion le roi el la reine, «prèi avoir baisé leur 



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u iiuB *o ion doiiia:??. 



49 




ehèrj (Drani tans qu'elle «'éveillil, urtirenl 
du clileau, el firent publier dea défenavi à 
^•"/.V* " '" '''*" «Pprocber. Cet d('fen»ei 
n était 11 p« néceanaire»; car II crut dans un 
quart ./heure tout autour du parc une il 
jrand» quantité de Rrandi arbreicl de pcliti, 
deronajietdépineientrelacéealei iiiies Juni 
les auiAi, que b£le ni homme n'y aurait 
pu paatjr; en aorte qu'on ne voyait plua nue 
le baui Jea loura du château, encore n'était- 
ce que Je bien loin. On ne douta point que 
a fee n eût encore fait li un tour de aon mé- 
tier, afin que la princeaae, pendant qu'elle 
dormirait, n'eût rien à craindre des curieux 
Au bout de cent ana, le fila du roi qui ré- 
gnait alora, el qui était d'une autre famille 
que la prmcesae endormie, étant aile i la 
chaaae de ce côté-là, demanda ce que c'était 
que ces toura qu'il Toyait au-desaua d'un 
grand bon fort épaia. Chacun lui répondit 
•elon qu il en avait ouï parler : lea uns di- 
aaient que c'était un vieux château où il re- 
venait dea eaprils ; lea autres, que loua lea 
aorciera de la contrée y faisaient leur aab- 
b«t. , La plua commune opinion était qu'un 
ogre y demeurait, et que li il emportait loua 
lea enfants qu'il pouvait attraper, pour les 
pouvoir manger à aon aiae, «t sana qu'on pût 
le suivre, ayant aeul le pouvoir de se faire un 
passage au travers du boit. Le prince ne la- 



''^■^liiîiiiiil 




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vait qu'en croire, loraqu'un vieux paysm prit 
la parole, et dit : Mon prince, il y a plus de 
cinquante ans que j'ai ouï dire à mon père 
qu'il y avait dans ce château une princesse, la 
plus belle qu'on eût jamais vue, qui devait 
dormir cent ans, et qu'elleserait réveillée par 
le fils d'un roi, i qui elle était réservée. Le 
jeune prince, & ce discours, se sentit tout de 
feu : il crut, sans balancer, qu'il mettrait fin 
à une ai belle aventure ; et, poussé par l'a- 
inour et par la gloire, il résolut de voir sur- 
le-champ ce qu'il en était. A peine l'avança- 
t-il vers le bois, que tout ces grandi arbres, 
ces ronces et ces épines s'écartèrent d'eux- 
mêmes pour le laisser passer. Il marcha vers 
le château qu'il voyait au bout d'une grande 
avenue, où il entra, et, ce qui le surprit un 
peu, il vit que personne de ses gens ne l'a- 
vait pu suivre, parce que les arbres l'étaient 
rapprochés dès qu'il avait été passé. Il ne 
laissa pas de continuer son chemm, un prince 
jeune et amoureux est toujours vaillant. Il 
entra dans uce grande avant-cour, où tout ce 
qti'il vil d'abonf était capable de le glacer de 
crainte. 

C'ét^t un silence affreux; l'image de la 
mort t'y présentait partout, et ce n'étaient 
que des corps étendus d'hommes et d'animaux 
|ui paraissaient morts. Il reconnut pourtant 
lien au net bourfceonné et « U ûe» vermeilt* 




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les suisses, qu'ils n'étaient qu'endormi», et 
leurs lasses où il y avait encore quelques 
gouttes de vin montraient assez qu'ils s'étaient 
endormis en buvant. Il passedan» une grande 
cour pavée de marbre; il monte l'escalier- 
Il entre dans la salle des gardes, qui étaient 
ranges en haie, la carabine sur I épaule, et 
ronUant de leur mieux. Il traverse plusieurs 
chambres pleines de gentilshommes et de 
dames dormant tous, les uns debout, le» au- 
tres assis. Il entra dans une chambre toute 
dorée, et il vit sur un lit, dont les rideaux 
étaient ouverts de tous côtés, le plus beau 
•pectacle qu'il eût jamais vu : une princesse 

3UI paraissait avoir quinze ou seize ans, et 
ont l'éclat resplendissant avait quelque chose 
de lumioeux et de divin. Il s'approcha en 
tremblant et en admirant, et se mft à genoux 
auprès d'elle. 

Alors, comme la fin de l'enchantement était 
venue, la princesse s'éveilla, et, le regardant 
avec des yeux plus tendres qu'une première 
vue ne semblait le permettre: EM-ee vous 
mon prince? vous vous êtes, bien faii 
attendre! Le prince, charmé de ces pa- 
roles, et plus encore de la manière dont elles 
étaient dites, ne savait comment lui témoi- 
gner sa joie et sa reconnaissance; il l'assura 
qu'il l'aimait plus que lui-même. Ses discours 
furent mal rangés ; ils en plurent davantage 



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coRTis DES rtn. 

peu d'éloquence, beaucoup d'amour. Il <tail 
plus embarrassé qu'elle, et l'on ne doit pat 
s en étonner: elle avait eu le temps de soneer à 
ce qu elle aurait à lui dire ; car il j a appa- 
rence (I histoire n'en dit pourtant nen) aie la 
bonne fée, pendant un si long sommeil, lui 
avait procuré le plaisir des songes agréables. 
Enfin, Il j avait quatre heures qu'ils se par- 
laient, et ils ne s'étaient pas encore dit la 
moitié des choses qu'ils avaient à se dire. 

Cependant tout le palais s'était éveillé avec 
la princesse; chacun songeait à faire sa 
charge, et, comme ils n'étaient pas fousamou- 
reux. Ils mouraient de faim. La dame d'hon- 
neur, pressée comme les autres, s'impatienta, 
e dit tout haut à la princesse que la viande 
était servie. Le prince aida la princesse à se 
lever. Elle était tout habillée, et fort maeni- 
Iiquement; mais il se garda bien de lui dire 
quelle était habillée comme sa mère-nrand 
e qu elle avait un collet monté. Elle n'eiî 
était pas moins belle. Ils passèrent dans un 
salon de nuroirs et j soupèrent, servis par 
les officiers de la-pnncesse. Les violons etie» 
hautbois jouèrent de vieilles pièces, mais ex- 
cellentes, quoiqu'il j eût plus de cent ans 
qu on ne les jouait plus ; et .après souper. 
sans perdre de temps, le grand aumônier le» 
maria dans la chapelle du château. Le len- 
demai::, de grand matin, le prince se hiU d« 



liSiiMii 





Îbi 



Jgl 



retourner à U ville, où son père devait être en 
peine de lui. Le prince lui dit qu'en chassant 
Il s était perdu dans la forêt, et qu'il avait 
couché dans la hutte d'un charbonnier, qui 
lui avait fait manger du pain noir et du fro- 
mage. Le roi son père, qui était un bon- 
homme, le crut ; ta mère n'en fut pas bien 
persuadée, et voyant qu'il allait presque tous 
les jours à la chasse, et qu'il avait toujours 
une raison en main pour s'excuser, quand il 
avait couché deux ou trois nuits dehors, elle 
ne douta plus qu'il n'eût quelque amourette : 
car il vécut avec la princesse plus de deux 
ans, et en eut deux enfants, dont le premier, 
qui était une fille, fut nommé l'Aurore, et le 
second, un fils qu'on nomma le Jour, parce 
qu il paraissait encore plus beau que sa sœur 
La reine dit plusieurs fois à son fils, pour le 
faire expliquer, qu'il fallait se contenter dans 
la vie, mais il n'osa jamais se fier à elle de 
son secret : il la craignait, quoiqu'il l'aimât ; 
car elle était de race ogresse, et le roi ne l'a- 
vait épousée qu'à cause de ses grands biens. 
On disait même tout bas à la cour qu'elle 
avait les inclinations des ogres, et qu'en voy- 
ant passer des petits enfants, elle avait toutes 
les peinesdu monde à se retenir de se jeter 
»iir eux : ainsi le prince ne voulut jamnis rieii 
dire. Mais quand le roi fui mort, ce qui ar- 
riva au bout de Jeux ans, et qu'il se vit le 



l'feA^feî^'feA'* 



■.M^W.V1».VW!i 




™.^^™^.^j^_^^^^ mm,<:='. 

8* CONTES DES FÉB». J^lf' 

maître, il déclara publiquement son mariage, |s> 
et alla en grande cérémonie quérir la reine sn î=f 
femme dans son château. On lui fil une en- <S* 
Irée magnifique dans la ville capitale, où elle |sî 
entra au milieu de ses deux enfants. Oueliiiie î=«.- 
temps après, le roi alla faire la guerre à l'em- <=* 
pereiir Cantalabutte, son voisin. Il laissa la ^sf 
repence du royaume à la reine sa mère, et ÎS 
lui recommanda fort sa femme et ses enfants. «^i 
Il devait être à la guerre tout l'été ; et, dès îsf 
qu'il fut parti, la reine-mère envoya sa bru ' — 
et ses enfants & une maison de campagne dans 
les bois, pour pouvoir plus aisément assouvir 
son horriWe envie. Elle y alla quelques jours 
après, et dit un soir à son maître d'hôtel :— 
Je veux manger demain à mon dîner la petite 
Aurore. — Ah I madame 1 dit le maître d'hô- 
ie\.—]e le veux, dit la reine (et elle le dit 
d lin ton d'ogresse qui a envie de manger de 
la chair fraîche), et je la veux manger h la 
sauce Robert. Ce pauvre homme, voyant bien 
qu il ne fallait pas se jouer à une ogresse, 
prit son çrand couteau et monta à la chambre 
de la petite Aurore: elle avait pour lors qua- 
tre ans, st vint en sautant et en riant n- jeter 
h son cou, et lui demander du bonbon. Il se 
mit* pleurer; le couteau lui tomba des mains, 
et il alla dans la basse-cour couper la gorge à 
un petit agneau, et lui St une si bonne sauce, 
que la maîtresse l'assura qu'elle n'avait jamais 




s*^*^ 



U BBUE AU BOIS DOBMAHT. U 

rien mangé de >i bon.II avait emporté en même 
temps la petite Aurore, et l'avait donnée à sa 
teinnie pour la cacher dans le logement qu'elle 
avait au fond de la basse-cour. Huit jours 
•près, la méchante reine dit i son maître 
dhôtel:— Je veux manger i mon souper le 
petit Jour, il ne répliqua pas, résolu de la 
lomper comme l'autre fois. Il alla chercher 
le petit Jour, et le trouva avec un petit fleu- 
ret a la main, dont il faisait des armes avec 
un gros singe ; il n'avait pourtant que trois 
ans. Il le porta à sa femme, qui laf acha avec 
la petite Aurore, et donna, à la prâce du petit 
Jour, un chevreau fort tendre, que l'ogresse 
trouva admirablement bon. 

Cela était fort bien allé jusque-là ; mais 
"îf soir, cette méchante reine dit au maître 
d liôtel :— Je veux manger la reine à la même 
sauce que ses enfants. Ce fut alors que le 
pauvre maître d'hôtel désespéra de la pouvoir 
encore tromper. La jeune reine avait vingt 
ans passés, sans compter les cent ans qu'elfe 
avait dormi ; sa peau était un peu dure, quoi- 
que belle et blanche; et le moyen de trouver 
dans sa ménagerie une bête aussi dure que 
celai II prit la résolution, pour sauver sa vie 
de couper la gorge à la reine, et monta danî 
sa chambre dans l'intention de n'en pas faire 
i deux fois. Il s'excitait à U fureur, et entra 
le poignard à la main dans la chambre de U 



ri i : 

II 



$^B' AfeAsi^-feA'*!^-* 



SI M 



aOHTBS DES r£BS. 



jeune reine ; il ne voulut pourtant point la 
•urprendre, et lui dit avec beaucoup de res- 
pect I ordre qu'il avait reçu de la rcme-mère. 
—Faites, faite», lui dit-elle en lui tendant le 
cou ; exécutez l'ordre que l'on vou» a donné • 
j irai revoir me» enfant», mes pauvres enfar^l» 
que j ai tant aimés. Elle le» croyait morU de- 
pui^ qu on les avait enlevés sans lui rien dire. 
—Non, non, madame, lui répondit le pauvre 
mailre d'hôtel tout attendri, vous ne mourrez 
point, et vous ne laisserez pas d'aller revoir 
vos enfant»; mai» ce sera chez moi, où je les 
ai cachés, et je tromperai encore la reine en 
lui faisant manger une jeune biche à votre 
place. Il la mena aussitôt à sa chambre, où 
la laissant embrasser ses enfants et pleurer 
avec eux, il alla accommoder (ine biche que 
la reine mangea à son souper avec le même 
appétit que si c'eût été la jeune reine. Elle 
était bien contente de sa cruauté, elle se pré- 
parait à dire au roi, à son retour, que des 
loups enragés avaient mangé la reine sa fem- 
me et se» deux enfant». 

Un soir qu'elle rôdait à son ordinaire, dans 
le» cour» et basses-cours du château pour y 
haléiicr quelque viande fraîche, elle entendit 
dans une salle basse le petit Jour qi ' pleurait 
de ce que la reine, sa mère, le voulait faire 
fouetter & cause qu'il avait été méchant ; elle 
entendit aussi la petite Aurore qui demandait 





pardon soup «On frère. L*0(çre««e reconnut la 
VOIX de la reine el de ses enfants, et furieuse 
d avoir été trompée, elle commanda dès le 
lendemain au matin, avec une voii épouvan- 
table qui faisait trembler tout le monde, quon 
apportât au milieu de la cour une «rande 
cuve, quelle fit remplir de vipères, de cra- 
pauds, de couleuvres et de serpenU, pour t 
faire jeter la reine et ses enfants, le maître 
d hfltel, sa femme et sa servante : elle avait 
donné ordre de les amener les mains liées 
derrière le dos. Ils étaient là, et les boui^ 
reaux se préparaient à les jeter dans la cuve 
lorsqiieleroi, qu'on n'attendait pas sitôt, entra 
dans la cour à cheval ; il était Tenu en poste, 
et demanda, tout étonné, ce que voulait dire 
cet hornble spectacle. Personne n'osait l'en 
instruire ; I ogresse, enragée de voir ce qu'elle 
TOïait, se jeta elle-même la tête la première 
dans la cuve, et fut dévorée en un instant par 
les vilaines bites qu'elle y avait fait mettre. 
Le roi ne laissa pas d'en être fâché : elle était 
sa mère, mais il s'en consola bientêt avec sa 
belle femme et ses enftints. 

UOBAUTÉ. 

Attendre quelque temps pour avoir an epoiu 

Riche, bien fait, galant et dooï, 

U '..ose est asseï naturelle 
Mal» 1 attendra cent ans, el toi^oiu* an dormant. 




il 



il 




<» 



COUTES DES Téta. 



On ne trouTe plus de femelle 

Oiiidormlui iranqulllemenl. 
U fabla semble encore »oulolr aoiis faim entendra 
Que «oiivent de l'hjmen lea agréables naii 'i, 
Wur être diHuré», n'en sont pas moine heurou», 

Et qu ou ne perd rien pour attendre: 

Mail le laxe avec tant d'ardeur 

Aspire à la foi conjugale. 
Que je n'ai pas la force ni le esur 

De lui précber cette morale. 



mm 





Il était une fois uo roi li grand, si aimé d* 
ses peuple», si respecté de tous ses voisins et 
de ses alliés, qu'on pouvait dire qu'il était le 
plus heureux de tous les gaonaruucs. Son 
bonheur était encore conHrlhé par le choix 
qu il avait fait d'une princesse aussi belle que 
vertueuse, et ces heureux époux vivaieiit dans 
une union parfaite. De leur chute hvmen 
étuil née une fille douée de tant de grâces et 
de charmes, qu'il ne regrettait point de n'a- 
vorr pas une^lus ample lignée. 

Le magnificence, le goût et l'ahondance 
régnaient dans son palais; les ministres 
étaient sages et hahiles; les courtisans ver- 
tueux et attaché»; les domestiques fidèles et 
laborieux : les fcuries vastes et remplies des 
plus beaux chevaux du monde, couverts de 
riches caparaçons. Mais ce qui étonnait les 
étrangers qui venaient admirer ces belles 
écuries, c'est au'au lieu le plus apparent un 
maître âne étalait de longues et grandes oreil- 
les. 

Ce n'était pas par fantaisie, mais avec rai- 
Mn, que le roi lui avait donné une place par 



liliiSSHiiSïf**' 



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1: 



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CORTIS DU rtit. 



ticulièrc et ditlinguée. Let rertui de ce rari 
animal mériuient cette dUtinction, puisque 
la nature l'avait formé il extraordinaire, que 
«a litière, au lieu d'être malpropre, était cou- 
verte loua lei malini, avec profusion, de 
beaux écus au soleil et de louis d'or de tonte 
espèce, qu'on allait recueillir à son réveil. 

Or, comme les vicissitudes de la vie s'éten- 
dent aussi bien sur les rois que sur les sujets, 
et que toujours les biens sont mêlés de quel- 
ques maux, le ciel permit que la reine fût 
tout à coup allaouée d'une ftpre maladie, pour 
laauelle, malgré la science et l'habileté des 
médecins, on ne put trouver aucun secours. 
La désolation fui générale. Le roi, sensible 
et amoureux, malgré le proverbe fameux qui 
dit que l'hymen est le tombeau de l'amour, 
•'aflligeait sans modération, faisait des voenx 
ardents à tous les temples de son- royaume, 
offrait sa vie pour celle dune épouse si ché- 
rie ; mais les dieux et les fées étaient invo- 
qués en vain. 

La reine, sentant sa dernière heure appro- 
cher, dit à son époux qui fondait en larmes : 
Trouvez bon, avant que je meure, que j'exige 
une chose de vous ; c'est que, s'il vous pre- 
nait envie de vous remarier... A ces mots, le 
roi fit des cris pitoyables, prit les mains de ta 
femme, les baigna de pleurs, en l'a'-uranl 
qu'il était supeiHu de lui parler d'un «ond 
hyménée. 





— Non, non, dil-il enfin, ma chère reine ; 
parlez-moi plutôt de toui tuivr*. 

—L'Etat, reprit la reine avec une fermeté 
qni augmentait le» regreti de ce prince, l'E- 
tal, qui doit exiger des succeueurs, voyant que 
je ne vous ai donné qu'une fillc,doitvou> pres- 
ser d'avoir des flls qui vous ressemblent : mais 
je vous demande instamment, par tout l'a- 
mour (|ue vous avei eu pour moi, de ne cé- 
der à 1 empressement de vos peuples que lor>- 
gue vous aurez trouvé une princesse plus 
elle et mieui fri'e que moi ; j'en veux votre 
serment, et alors je mourrai contente. On 

S résume que la reine, qni ne manquait pas 
'amour-propre, avait exigé ce serment, pen- 
sant bien, ne croyant pas qu'il fftt au monde 
personne qui pût l'égaler, que c'était s'assu- 
rer que le roi ne se remarierait jamais. 1 nlin 
elle mourut. Jamais mari ne fit tant de va- 
carme: pleurer, sangloter joir et nuit, me- 
nus droits de veuvage, furent ..on unique oc- 
cupation. 

^ Les grandes douleurs ne durent pas. D'ail- 
leurs les grands de l'Etat s'assemblèrent, et 
vinrent en corps demander au roi de se rema- 
rier. _ Cette proposition lui parut dure, 
et iui fit répandre de nouvelles larmes. 
Il alléguait le serment qu'ii avait fait à la 
reine, défiant tous ses conseillers de pouvoir 
trouver une princesse plus belle et mieux faite 







a coNTU on rtn. 

que feue m reinine, pcntani que eeU «tait 
impotiible. Mais le conieil truiU de babiole 
uae telle promeue et dit qu'il iinporlalt peu 
de la beauté, pourvu qu'une reine fftt ver- 
tueuse et point itérile, que l'Etal demandait 
des princes pour son repos et sa tranquillité ; 
qu'il la vérité l'inrantc avait toutes lus qualités 
requises pour faire une grande reine, niaii 
qu ilfallait lui cboisirunétrangerpourépoux, 
et qu'alors, ou cet étranger i'eminénerait chei 
lui, ou que, s'il régnait avec elle, ses enfants 
oc seraient plus réputésdu même sang, et que, 
n'y avant point de prince de ion nom, les 
peuples voisina pouvaient leur susciter de* 
guerres qui entraîneraient la ruine du rojau> 
me. Le roi, l'rappédeces considérations, pro- 
mit qu'il songerait i les contenter. 

Elfectivement, il chercha parmi les prin- 
cesses à marier qui serait celle qui pourrait 
lui convenir. Chaque jour on lui apportait 
des portraits charmants, mais aucun n'avait 
les grâcea'de la feue reine ; ainsi il ne se dé- 
terminait point. Malheureusement il devint 
tout à fait fou, quoiqu'il eût beaucoup d'es- 
prit, et s'avisa de trouver que l'infante sa fille 
était, non-seulement belle cl bien faite à ravir, 
mais qu'elle surpassait encore de beaucoup U 
reine sa mère en esprit et en agrément : sa 
jeunesse, l'agiéalile fraîcheur de sou beau 
leinl, eullamma le roi d'im feu si Tiolenl, 



Û 




nuD vam. 



M 




qn il M put le cacher à l'infanle, .M lui ,lit 
q» .1 tv..| réiolu de l'épouser, pùisnu' «II" 
Mule pouvait le dégager Je son ;ermenl. 

La jeune prinçejse, remplie de verlu et de 
&'„' ^vT • ^y»"»"''- * cette horrible pro! 
position Elle. e jeta aux pieds du rni "son 
père, et le conjura avec toute la force qu'elle 

CnTT ''""" "•" "'"'■'" ''" "<= la P-Vcou 
traindre à commettre un tel crime 

Le roi, qui .'était mis en télé ce bizarre 

pr^et,.va>tcon.ulté un vieux druide po" 

met re la conscience de la princ-s.e en repo.. 

7r;,tïvh' "■"'""«'■■gi'"'^ qu'a..ibitieux;»a- 
crUa à honneur d'être leconlldent d'un «rând 
rpi lintérêt de l'innocence et de la vertu el 
.msinua avec tant d'adresse d.in. l'esprit du 
roi, lui adoucit tellement le crime qu'il allaU 
commettre, qu'il lui persuada mémS que"^ 
lait une œuvre pie que d'épouser sa fflle. Ce 
prince, flatté par le discours de ce scélérat 
I embrassa, et revint d'avec lui plus entêté 

Zti"r?'^fT >"■''■'■'"= " «"iLordon- 
ner à 1 infante de se préparer à lui obéir. 

La jeune princesse, outrée d'une /ive don- 
leur, n iinagma rien autre chose que d'aller 
trouver la ée de. Lilas. sa marrine. Pouî 
cet effet elle par it la même nuit dans un l'oli 
cabrioletatle é d'un gros mouton qui saia 
^.s les ...emins Elle V arriva heurelse.nen 
U fee, qui aimait I infante, lui dit qu'elle «, 



<^' 



I 



^.M^.vw.y^:v^.v^.^jp|îgiS;^ 



^V^V'7=*M^^ 




ce qu'elle venait lui dire, maii 
eût 



Tait tout 

qu'elle n'en e&t aucun aouci, que rien ne 
pouvait lui nuire, si elle exécutait fldèlemcnl 
ce qu'elle allait lui prescrire. Car, ma chère 
enfant, lui dit-elle, ce serait une grande faute 
que d'épouser votre père ; mais, sans le con- 
tredire, vous pouvez, l'éviter. Dites-lui que, 
pour remplir une fantaisie que vous avez, il 
faut qu'il vous donne une robe de la couleur 
du temps; jamais, avec tout son amour et 
■on pouvoir, il ne pourra j parvenir. La 

firincesse remercia bien sa marraine ; et dès 
e lendemain matin elle dit au roi son père 
ce que la fée lui avait conseillé, et protesta 
qu'on ne tirerait d'elle aucun aveu, qu'elle 
n'eût la robe couleur du temps. Le roi, ravi 
de l'espérance qu'elle lui donnait, assembla 
les plus fameux ouvriers, et leur commanda 
cetle robe, sous la condition que s'ils ne pou- 
vaient réussir, il les ferait tous pendre. Il 
n'eut pas le chagrin d'en venir à cette extré- 
mité ; dès le second jour, ils apportèrent la 
robe si désirée. L'empirée n'est pas d'un plu» 
beau bleu, lorsqu'il est teint d'un nuage d'or, 
que cette belle robe lorsc^u'elle fut étalée. 
L'infante en fut toute contristée, et ne savait 
comment se tirer d'embarras. Le roi pressait 
la conclusion ; il fallut recourir encore à la 
la marraine, qui, étonnée de ce que son se- 
cret n'avait pas réusai, lui dit d'essayer d'an 




demander nojs de la couleur de la lune.U rai 
qui ne pouvait rien lui refuser, envoya cher- 
cher les plu? habiles ouvriers.et leur comman- 
da si expresEémenl une robe couleurde la lune 
qu entre ordonner et l'apporter il n'y eut pas 
vmg^-quatre heures L'enfante, plus charm^ée 
de cetfe superbe robe que des soins du roi 
son père, s affligea immodérément lorsqu'elle 
ru avec ses femmes et sa nourrice. La fée des 
Lilas, qui savait tout, vint au secours de l'af- 
fligée princesse, et lui 'it: Ou je me trompe 
fort, ou je croîs que, si vous demandez une 
robe couleur du soleil, nous viendi ns à bout 
*e dégoûter le roi votre père ; car jamais on 
ne pourra parvenir à faire une pareille robe, 
et nous gagnerons toujours du temps. L'in- 
fante en convint, demanda la robe, et l'amou- 
reux roi donna sans regret tous les diamant» 
et les rubis de sa couronne pour aider à ce 
superbe ouvrage, avec ordre de ne rien épai^ 
gner pour rendre cette robe égale au soleil. 
Aussi, des qu elle parut, tous ceux qui la vi- 
rent déployée furent obligés de fermer lei 
yeux, tant ils furent éblSuis. C'est de ce 
temps que datent les lunettes vertes et les 
verres noirs. Que devint l'infante à cette vue 7 
Jamais on Bavait rien vu de si beau et de si 
artistemeni ouvré. Elle était confondue, et 
»0U8 prétexte d'en avoir mal aux yeux, elle 
•e retira dans sa chambre, où la fee l'atten- 




dait, plus honteuse qu'on ne peut dire. G* 
fut bien pis, car, en voyant la robe couleur du 
soleil, elle devint rouge de colère. Uh ! pour le 
coup, ma fille, nous allons mettre l'indigne 
amour de votre père à une terrible épreuve. 
Je le crois bien entêté de ce mariage, qu'il 
croit si prochain ; mais je pense qu'il sera 
un peu étourdi de la demande que je vous 
consuille de lui faire: c'est la peau de cet 
tne qu'il aime si passionnément, et qui four- 
nit à toutes ses dépenses avec tant de profu- 
sion ; allez, et ne manquez pas de lui dire 
3ue vous désirez cette peau. L'infante, ravie 
e trouver encore un moyen d'éluder un ma- 
riage qu'elle détestait, et qui pensait en même 
temps que son père ne pourrait jamais se ré- 
iouare a sacrifier son âne, vint le trouver et 
lui exposa son désir pour la peau de ce bel 
animal. Quoique le roi fût étonné de cette 
fantaisie, il ne balança pas à la satisfaire. Le 
pauvre fine fut sacrifié, et la peau galamment 
apportée à l'infante, qui, ne voyant plus au- 
cun moyen d'éluder son malheur, s'allait dé- 
sespérer, lorsque sa marraine accourut. Que 
faites-vous ? ma fille, dit-elle, voyant la prin- 
cesse arrachant ses cheveux et meurtrissant 
. ses belles joues ; voici le moment le plus heu- 
reux de votre vie. 
Enveloppei-vous de cetta peau, sortet de 
; palais et allez tant que la terre pourra voui 




iHUii 



S^iîîiîîîiSïft';?!;^ * Aiws-* 



tSAV D'ahB. 



«7 



porter : lorsqu'ou sacrifie lou( i la vertu, lei 
dipux savent en récompenser. Allez, j'au- 
rai soin que votre toilette vous suive par- 
tout , en quelque lieu que vous vous arrêtiez, 
votre cassette, où seront vos habits et vos bi- 
joux, suivra vos pas sous terre, et voici ma 
baguette que je vous donne ; en frappant la 
terre quand vous aurez besoin de cette cas- 
sette, elle paraîtra devant vos jeux; maïs 
h&tez-vous tfe partir, et ne tardez pas. 

L'infante embrassa mille fois sa marraine, 
la pria de no pas l'abandonner, s'affubla de 
cette vilaine peau, après s'être barbouillée de 
suie de cheminée, et sortit de ce riche palais 
•ans être leconnue par personne. 

L'absence de l'infante causa une grande 
rumeur. Le roi, au désespoir, qui avait fait 
préparer une fête magnifique, était inconso- 
lable. Il fit partir plus de cent gendarmes et 
plus de mille mousquetaires pour aller à la 
quête de sa fille; mais la fée qui la proté- 
geait la rendait invisible aux plus habiles re- 
cherches : ainsi il lui fallut bien s'en conso- 
ler. 

Pendant ce temps l'infante cheminait. Elle 
alla bien loin, bien loin, encore plus loin, et 
cherchait jiartout une place ; mais quoique 
par charité on lui donnât à manger, on la 
irottvait si crasseuse, que personne n'en vou- 
lait. Cependant elle entra dans une belle ville, 




II 



: 





COMTES DES FÉES, 



à la porte de laiiuelle était une métairie, dont 
la fermière avait besoin d'un souillon pour 
laver 1er torchons et nettoyer les dindons et 
l'auge des cochons. Cette femme, voyant 
cette voyageuse si malpropre, lui proposa 
d'entrer chez elle, ce que l'infante accepta de 
grand coeur, tant elle était lasse d'avoir tant 
marché. On la mit dans un coin de la cuisine, 
où elle fut les premiers jours en butte aux 
plaisanteries grossières de la valetaille, tant 
sa peau d'âne la rendait sale et dégoûtante. 
Enfin on s'y accoutuma ; d'ailleurselle était si 
soigneuse de remplir ses devoirs, que la fer- 
mière la prit sous sa protection. Elle condui- 
sait les moutons, les taisait parquer au temps 
où il le fallait; elle menait les aindons paitre 
avec une telle intelligence, qu'il semblait 
qu'elle n'eût jamais fait autre chose ; aussi 
tout fructi&ail sous se<; belles maint. 

Un jour qu'assise près d'une claire fontaine, 
où elle déplorait souvent sa triste condition, 
elle s'avisa de s'y mirer, l'eCTroyable peau 
d'ine qui faisait sa coiffure et ion habillement 
l'épouvanta. Honteuse de cet ajustement, ello 
se décrassa la visage et les mains, qui devin- 
rent plu» blanches que l'ivoire, et son beau 
teint reprit sa fraîcheur naturelle. La joie de 
se trouver si belle lui donna envie de s'y bai- 
gner, ce qu'elle exécuta ; mais il lui fallut re- 
mettre son indigne peau pour retourner à U 




métairie. Heureusement, le lendemain était 
un jour de fête : ainsi elle eut le loisir de ti- 
rer sa cassette, d'arranger sa toilette, de pou- 
drer ses beaux cheveux, et de mettre sa belle 
robe couleur du temps. Sa chambre était si 
petite, que la queue de cette belle robe ne 
pouvait pas s'étendre. La belle princesse se 
mira et s'admira elle-même avec raison, si 
bien qu'elle résolut, pour se désennuyer, de 
mettre tour à tour ses belles robes les fêles et 
les dimanches, ce qu'elle exécuta ponctuelle- 
ment. Elle mêlait des fleurs et des diamants 
dans ses beaux cheveux avec un art admira- 
ble, et souvent elle soupirait de n'avoir pour 
témoins de sa beauté que s<!8 moutons et ses 
dindons, qui l'aimaient autant avec son hor- 
rible peau d'âne, dont on lui avait donné le 
nom dans cette ferme. 

Un jour de fête que Peau d'Ane avait mis 
sa robe couleur de soleil, le fils du roi, à qui 
cette ferme appartenait, vint y descendre pour 
se reposer en revenant de la chasse. 

Ce prince était jeune, beau et admirable- 
ment oien fait, l'amour de son père et de la 
reine sa mère, adoré des peuples. On offrit 
une collation champêtre à ce jeune prince, 
qui l'accepta ; puis il se mit à parcourir les 
basses-cours et tous les recoins. En courant 
ainsi db lieu en lieu, il entra dans une som- 
bre allée, au bout de laquelle il vit une porte 




■.V->r.V^.Vi^.V-3.V-V: 



' : 



».V«.V^».VW.VW\ 



10 



flORTIS DBS Fin. 



fermée. La curiosité lui lit mettre l'aeil à l« 
serrure. Mais nue devint-il en apercevant la 
princesse si belle et si richement vêtue, qu'à 
ion uir noble et modeste il la prit pour une di- 
vinité I L'impétuosité du sentiment qu'il 
éprouva dans ce moment l'aurait porté à en- 
foncer la porte, sans le respect que lui inspira 
^ cette ravissante personne. 

Il sortit avec peine de cette petite allée 
sombre et obscure, mais ce fut pour s'infor- 
mer qui était la personne qui demeurait dans 
celte petite chamLre. On lui répondit que 
c'était un souillon qu'on -nommait Peau 
d'Ane, à cause de la peau dont elle s'habil- 
lait, et qu'elle était si sale et si crasseuse que 
personne ne la regardait ni ne lui parlait, et 
ou'on ne l'avait prise que par pitié pour gar- 
aer les moutons et les dindons. 

Le prince, peu satisfait de cet éclaircisse- 
ment, vil bien que ces gens grossiers n'en sa- 
vaient pas davantage et qu'il était inutile de 
les questionner. Il revint au palais du roi son 
père, plus amoureux qu'on ne peut dire, 
ayant continuellement devant les yeux la belle 
image de cette divinité qu'il avait vue par le 
trou de la serrure. !l se repentit de n'avoir 
pas heurté à la porte, et se promit bien de n'y 

Sas manquer une autre fois. Mais l'agitation 
e son sang, causée par l'ardeur de son 
ûnour, lui donna dans la même nuit uni 



n 



I 




W' 




PEAU d'an» 



71 

lièvre ti terrible, que bientAl il fut réduit i 
l'exuérnité. La. reine sa mère, qui n'avait 
que »'U d'enfant, se desespérait de ce que tout 
les remèdes étaient inutiles. Elle promettait 
en vain les plus grandes récompense* aux 
médecins ; ils y employaienl tout leur art, mais 
rien ne guérissait le prince. Enfin ils devi- 
nèrent qu'un mortel cliafirin causait tout ce 
ravage; ils en avertirent la reine, qui tonte 
pleine de tendresse pour son lils, vint le con- 
jurer de dire la cause de son mal, et que 
quand il s'agirait de lui céder la couronne, 
le roi son père descendrait de son trône sans 
rejçret pour l'y faire monter; que s'il dési- 
rait quelque princesse, quand même on se- 
rait en guerre avec le roi son père, et qu'on 
ei^t de justes sujets de s'en plaindre, on sa- 
crifierait tout pour obtenir ce qu'il désirait; 
mais qu'elle le conjurait de ne pas se laisser 
mourir, puisque de sa vie dépendait la leur. 
La reine n'acheva pas ce touchant discours 
«an» mouiller le visage du prince d'un tor- 
rent de larmes. Madame, lui dit enfln le 
prince avec une voix très-faible, je ne suii 

Sas assez dénaturé pour désirer la couronne 
e mon père; plût au ciel qu'il vive de lon- 
f;ues années, et qu'il veuille bien que je soit 
ongtemps le plus Bdèleet le plus retpectueu» 
de ses Sujets. Quant aux princesses que vout 
m'offrex, je n'ai point encore pente à me nu> 




If 



eoans bh riss. 






1 




rier ; et rout pcniez bien que.touniii comme 
je suis à TOI volonléa, je vous obéirai tou- 
jours, quoi qu'il m'en coûte.— Ah ! mon fli», 
reprit la reine, rien ne nous cotbtera pour te 
sauver la vie ; mais, mon cher fils, sauve la 
mienne et celle du roi ton père, en me décla- 
rant ce que tu désires, et sois bien assuré 
u'ilte sera accordé.— Eh bieni madame, 

it-il_, puisqu'il faut vous déclarer ma pen- 
sée, je vais vous obéir; je me ferais un crime 
de mettre en danger deux êtres qui me sont 
si oliers. Oui, ma mère, je désire que Peau 
d'Ane me fasse un gâteau, et que, dès qu'il 
sera fait, on me l'apporte. La reine, étonnée 
de ce nom bizarre, demanda qui était celte 
Peau d'Ane.— C'est, madame, reprit un de 
ses ofTiciers, qui par hasard avait vu cette fille, 
c'est, dit-il, la plus vilaine béteaprèsle loup ; 
une noire peau, une crasseuse qui loge dans 
votre métairie et qui garde vos dindons. 

— N'importe, dit la reine ; mon fils, au re- 
tour de la chasse, a neut-étre mangé de sa 
pitisserie; c'est une fantaisie de malade; en 
un mot, je veux nue Peau d'Ane, puisque 
Peau d'Ane il y a, lui fasse promptement un 
gftieau. 

On courut k la métairie, et l'on fit venir 
Peau d'Ane, pour lui ordonner de f^ire de 
son mieux un gâteau pour le prince. 

Quelques auteurs ont assure qu'au moment 



iiA%^«^'fek-A['teA'te^'teA'* 




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tlAD D'An. 



73 $1 



qae ce prince «Tait mi» l'ail à la tei 
Peau d'Ane l'avait aperça, et pui* que, i 
dapt par h petite fenêtre, elle avait ' 



serrure, 

regar- 

— -• r— ~ |>w>«ra Bt^uviiii, ciK, aTmi vu ce 

Pnnce »' jeune, li beau et ai bien fait, que 
1 idée lui en itait reitée, et que souvent ce 
souvenir lui avait coûté quelques soupirs. 
Quoi qu'il en soit, Peau d'Ane rayant vu, ou 
en ayant beaucoup entendu parler avec éloge, 
ravie de pouvoir trouver un moyen d'être 
connue, s enferma dans sa chambrette, jeta 
sa vilaine peau, se décrassa le visage et les 
mams, se coiffa de ses blonds cheveux, mit 
un beau corset d'argent brillant, un jupon 
pareil, et se mit à faire le giteau tant désiré : 
elle prit de la plus pure farine, des oeuf» et 
du beurre bien frais. En travaillant, soit de 
de8»ein ou autrement, une bague qu'elle avait 
au doigt tomba dans la pâte, s'y mêla, et dès 
que le giteau fut cuit, s^affublant de son hor- 
rible peau, elle donna le gflteau à l'officier, à 
qui eue demanda des nouvelles du prince ; 
mais cet homme, ne daignant pas lui répon- 
dre, courut chez le prince lui porter ce gâ- 
teau. 

Le prince le prit avidement de» mains de 
cet homme, et le mangea avec une telle vi- 
vacité, que les médecins qui étaient priésents 
ne manquèrent pas de dire que cette fureur 
n'était pu un bon signe ; effectivement le 
prince pensa s'étrangler par la bague qu'il 




74 



trouTt duM un det morcMux du gtlMu, mdi 
il la retira adroilemant de m lx>uche, et iod 
ardeur à dévorer ce gâteau m ralentit en eza- 
minanl cette fine émeraude monlée lur un 

Ione d'or, dont le cercle était li étroit, qu'il 
ttgea ne pouvoir lenrir qu'au plui joli doigt 
du monde. 

Il baiia mille foii celte bague, la mit mh» 
ton chevet et l'en tirait i tout moment quand 
il crojait n'ttre vu de personne. Le tourment 
qu'il le donna pour imaginer comment il 
pourrait voir celle à qui cette bague pouvait 
aller, et n'oiant croire, «'il demandait Peau 
d'Ane, qui avait Ikit ce giteau qu'il avait de- 
mandé, qu'on lui accordât de la faire venir, 
n'oMUt non plui dire ce qu'il avait vu par le 
trou de cette lerrure, de crainte qu'on ne le 
moquit de -lui et qu'on ne le prit pour un viu- 
onnaire, toutes cet idéei le tourmentant à la 
foii, la fièvre le reprit fortement et lea médo- 
dni, ne ucbant plut que faire, déclarèrent à 
la reine que le prince était malade d'amour. 
La reine accourut chez son fils avec le roi, 
qui se désolait: Mon fils, mon cher fils, s'é- 
cria le monarque afiligé, nomme-nous celle 
que tu veux ; nous jurons que nous te la don- 
nerons, fftt-elle la plus vile des esclaves. La 
reine, en l'embrassant, lui confirma le ser- 
ment du roi. Le prince, attendri par les iar- 
met et let caresses des auteurs de set jourt: 



mmii 



.W^.Vtï.V^.^ 



tWAV D AMI. 



TB 



Mim père el ma mire, leur dit-Il, Je n'ai point 
deuein de faire une alliance qui tous dé- 
plaise ; et pour preuve d-.: cette vérité, di > il 
en tirant 1 émeraude de deuoua ion chev'et, 
e'eit que j'épouterai celle à qui cette bague 
ira, quelle qu'elle toit, et il n 7 a pai d'appa- 
rence que celle qui aura ce joli doigt Mil unr 
rustaude ou une paysanne. Le roi et la reinp 
prirent la bague, l'ezaminirent curieusement, 
et jugèrent, ainsi que le prince, que celtr 
bague ne pouvait aller qu'à quelque fille d( 
bonne maiton. 

Alors le roi, ayant embrassé son flis en l« 
conjurant de guérir, sortit aussittt, fit sonner 
les tambours, les fifres et les trompettes par 
toute la ville, et crier par les hérauts que 1 on 
n'avait qu'à venir au palais pour essiyer 
une bague, et que celle à qui elle irait juste 
épouserait l'héritier du trdne. 

Les princesses d'abord arrivèrent, puis les 
duchesses, les marquises et les baronnet; 
mais elles eurent beau taules s'amenuiser les 
doigts, aucune ne put mettre la bague. Il en 
fallut venir aux grisettes, qui, toutes jolies 
qu'elles étaient, avaient toutes les doigts trop 

f;ros. Le prince, qui se portail mieux, faisait 
ui-méme l'essai. Enfin on en vint aux filles 
de chambre : elles ne réussirent pas mieux. 
Il n'y avait plus personne qui n efti essayé 
celte bague sans succès, lorsque le prince M- 





i 



78 



coim on rtn. 



manda lei euidnièn*, lat marmiioimet, l« 
gardeutei de moutoni: on amena tout cela ; 
mail leurt groi doigte rouget e( courte ne 
purent MulemenI pan aller par^elk de l'ongle. 

A-t-on fait venir cette Peau d'Ane qui m'a 
fait un gâteau cet jour» derniert? dit le 
prince. Chacun le prit à rire, et lui dit que 
non. tant elle était lale et craueuie. Quon 
l'aille chercher tout i l'heure, dit le roi ; il 
ne tera pa) dit que j'aie excepté quelqu'un. 
On courut, en riant et m moquant, chercher 
la dindonniire. 

L'infante, qui avait entendu les tambonn 
et lei crit de» héraute d'armei, t'était bien 
doutée que ta bague faisait ce tintamarre ; elle 
aimait le prince, et comme le véritable amour 
est craintif et n'a point de vanité, elle était 
dans la crainte continuelle que quelque dame 
n'efti le doigt aussi menu que le sien. Elle 
eut donc une grande joie quand on vint la 
chercher et qu%n heurta à la porte. Depuis 
qu'elle avait su qu'en cherchait un doigt pro- 

ftre à mettre ta bague, je ne sais quel espoir 
'avait portée k se coiffer plus soigneusement, 
et i mettre son beau corset d'argent, avec le 
jupon plein de talbalas, de dentelles d'argent, 
temé (Témeraudet. 

Sitdt qu'elle entendit qu'on heurtait k U 
porte et qu'on l'appelait pour aller chei l« 
prince, elle remit promptement ta peau d'ina, 



BHi! 





!t« 




HAO D'aRI. 

sinrii H porte, et cet seni, le moqu ' 
lui dirent que le roi la demanda)' :<,' m 
faire épouter aon Qlt; pui>, av . in mi,;. 
éclata do rire, iU la menèrent nu. ;, ,iiin"c, 
qui, lui-même étonné de l'aC'.oulrfi ml ,ie 
cette fille, n'osa croire que ce ;'jl celU. r,i: i! 
avait vue si belle. Triste et conf'ii jt ,ii « 
li lourdement trompé: Est-ce von , l"i <lit 'l 
qui lo^ez au fond de cette allée obociirc, ju;i» 
la troisième basse-cour de la métairie : - C < k I 
•eigneur, répondit-eile.— Montrei-moi votu 
main, dit-ij en tremblant et poussant un pro- 
fond soupir. Dame t qui fut bien surpris? 
ce fut le roi et la reine, ainsi que tous les 
chambellans et les grands de la cour, lorsque 
dessous cette peau noire et crasseuse sortit 
une petite main délicate, blanche et couleur 
de rose, où la bague s'ajusta sans peine au 
plus joli petit doigt du monde ; et, par un pe- 
tit mouvement que l'infante se donna, la peau 



tomba ; elle parut d'une beauté si ravissante, 
le prince, tout faible qu'il était, se mit à 



que 



ses genoux en même temps que le roi et la 
reine vinrent l'embraiser de toute leur 
force, et lui demander si elle voulait bien 
épouser leur fils. La princesse, confuse 
de tant de caresses et de l'amour que lui 
marquait ce beau prince, allait cependant 
les en remercier, lorsuue le plafond ou salon 
«'ouvrit, et iA£ée de* Lilat, deaeendant duu 






< 's> 



<g 



m 



I 




ifn char fait de branches et de fleun de ton 
nom, coûta, avec une grâce infinie, l'histoire 
de l'infante. Le roi et la reine, charmés de 
voir que Peau d'Ane était une grande prin- 
cesse, redoublèrent leurs caresses : mais le 
prince fut encore plus sensible à la vertu le 
la princesse, et son amour s'accrut par cette 
connaissance. L'impatience du prince pour 
épouser la princesse fut telle, qu'à peine 
donna-t-il le temps de faire les préparatifs 
convenables pour cet auguste hjménée. Le 
roi et la reine, gui étaient aOblés -de leur 
belle-Glle, lui faisaient mille caresses et la 
tenaient incessamment dans leurs bras; elle 
avait déclaré qu'elle ne pouvait épouser le 
prince sans le consentement du roi son père ; 
aussi fut-il le premier auquel on envoya une 
invitation, sans lui dire quelle était l'épousée; 
la fée des Lilas, qui présidait à tout, comme 
de raison, l'avait exigé, à cause des consé- 
quences. Il vint des rois de tous les pays, let 
uns en chaise à porteurs, d'autres en cabrio- 
let : les plus éloignés montés sur des élé- 
phants, sur des tigres, sur des aigles ; mais 
le plus magnifique et le plus puissant fut le 
père de l'infante, qui heureusement avait 
oublié son amour déréglé et avait épousé une 
reine veuve fort belle dont il n'avait point eu 
d'enfants. L'infante courut au-devant de lui : 
U la reconnut auuitit «t l'embrusa avec une 





Miii 



If 

lil 



HAD DARI. 

Srande tendresse avant qu'elle eAt le tempi 
e se jeter à ses genoux. Le roi et la reine 
lui présentèrent leur fils, qu'il combla d'ami- 
tiés. Les noces se firent avec toute la pompe 
imaginable. Le roi, père du prin:e, fit 
couronner son fils ce même jour, et, lui bai- 
sant la main, le plaça sur son trAne malgré 
la résistance ds ce fils bien aimé; mais il 
fallut obéir. Les fêtes de cet illustre mariage 
durèrent près de trois mois ; mais l'amour de 
ces deui époux durerait encore, tant ils s'ai- 
maient, tils n'étaient p»s morts cent aoi 
•près. 

MORALITfi. 

La conte de Peau d'Ane est difficile i croire ; 
Mais, tant que daos le monde oa aura des enftnli. 

Des mères et des mèresf rands, 

Od an gardera la mémoire. 





iir 




I 1 



•0 



coaTBs DU rÉn. 



LA BARBE BLEUE. 



»!:>• 



Il était une fois un homme qui avait de 
belles maisons à la ville et à la campagne, de 
la vaisselle d'or et d'argent, des meubles en 
broderie et des carrosses tout dorés: mais, 
par malheur, cet homme avait la barbe bleue ; 
cela le rendait si laid et si terrible, qu'il n'é- 
tait ni femme ni fille qui ue s'enfuit devant 
lui. Une de ses voisines, dame de qualité, 
avait deux filles parfaitement belles. Il lui en 
demanda une en mariage, en lui laissant le 
choix de celle qu'elle voulait lui donner. Elles 
n'en voulaient point toutes deux et se le ren- 
voyaient l'une a l'autre, ne pouvant se résou- 
dre à prendre un homme qui eût la barbe 
bleue. Ce qui les dégoûtait encoi*, c'est qu"l 
avait léjà épousé plusieurs femmes, et qu'on 
ne savait ce que ces femmes étaient devenues. 
La Barbe Bleue, pour faire connaissance, les 
mena avec leur mère, trois ou quatre de leurs 
„ meilleures amies, et quelques jeunes gens du 
|f voisinage, à une de ses maisons de campai;ne, 
1^ où on demeura huit Jours entiers. Ca n'élaienl 
que promenades, que parties de chasse et de 
pèche, que danse* et festins, que «ollationt: 



ilMMi 



u MAtM» naai. 

on ne donnait poiat et on passai! toute la nuil 
à se faire des malices les uns aux autres ; en- 
fin, tout alla si bien, que la cadette commen- 
ça à trouver que le maître du logis n'avait 
flus la barbe si bleue, et que c'était un fort 
onnéte homme. Dès qu'on fut de retour à la 
ville, le mariage se conclut. Au bout d'un 
mois, la Barbe Bleue dit à sa femme qu'il était 
obligé de faire un vojage en province, de six 
semaines au moins, pour une affaire de con- 
séquence ; qu'il la priait de bien se divertit 
pendant son absence ; qu'elle fit venir ses 
bonnes amies, qu'elle les men&t i la campa- 
gne si elle voulait ; que partout elle fit bonne 
chère. Voilà, lui dit-il, les clefs des deux 

Sarde-meubles; voilà celle de la vaisselle 
'or et l'argent, qui ne sert pas tous les jours ; 
voilà celle de mes coffres-torts, où est tout 
mon or et mon argent ; celle de mes casset- 
tes, où sont mes pierreries, et voilà le passe- 
partout de tous mes appartements. Pour cette 
petite clef-ci, c'est la clef du cabinet au bout 
de la grande galerie de l'appartemenl d'en 
bas; ouvrez tout,' allez partout; mais pour 
ce petit cabinet, ie vous défends d'y entrer, et 
je vous le défenas de telle sorte que, s'il vous 
arrive de l'ouvrir, il n'y a rien que vous ne 
deviez attendre de ma colère. 

Elle promit d'observer exactement tout ce 
qui lui venait d'être ordonné, et lui, aprèa l'^ 




»:«iAj|Ajjj|A^j|jj^^ 



IRlWli! 




n 



CORTIS DES rtU. 



Toip embrajiée, monte daaa ton csrrowe el 
part pour son voyage. Les voisines et 'les 
bonnes amies n'attendirent pas qu'on les eo 
»oîâl quérir pour aller chez la jeune mariée, 
tant elles avaient d'impatience de voir toute, 
les richesses de sa maison, n'ayant osé y venir 
pendant que le mari y était, à cause de sa 
barbe bleue qui leur faisait peur. Les voili 
aussitôt à parcourir les chambres.les cabinet», 
es garde-robes, toutes plus belles les unes que 
les au res. Elles montèrent ensuite aux garda- 
meubles, ou elles ne pouvaient assez admirer 
e nombre et la beauté des tapisseries, dei 
hts, des sofas, des cabineU, des guéridon», 
des tables et des miroirs, où l'on se voyait lel 
Duis les pieds jusqu'à la t«te, et dont Tes bor- 
dures , les unes de glace, les autre» d'argent 
et de vermeil doré, Itaient les plus belle» et 
les plus magnifiques qu'on eût jamais vues • 
elles ne cessaient d'exagérer et d'envier le 
bonheur de leur amie, qui cependant ne te 
divertissait point à voir toutes ces richesses, à 
cause de I impatience qu'elle avait d aller ou- 
vrir le cabinet de l'appartement bas. Elle fut 
Il pressée de sa curiosité, que, tan» considé- 
rer qu il était malhonnête de quitter »a com- 
pagnie, elle descendit par un escalier dérobé 
avec tant de précipitaUon, qu'elle penia tè 
romore le cou deux ou troit ?oi.. Etant arri- 
♦ée à la porte du cabinet, eUe «"j antta quel- 




U BAMI ILBDI. 



88 



quetempi, (on^eant k la défense qae «on 
mari lai avait faite, et considérant qu il pour- 
rail lui arriver malheur d'avoir été désobéii- 
«ante; mais la tentation était si forte qu'elle 
ne put la surmonter ; elle prit donc la petite 
clef, et ouvrit en tremblant la porte du cabi- 
net. D'abord elle ne vit rien, parce que les 
fenêtres étaient fermées ; après quelques mo- 
ments, elle commença à voir que le plancher 
était couvert de sang caillé, dans lequel se 
mirait les corps de plusieurs femmes mortes 
et attachées le long des murs: c'étaient 
toutes les femmes que la Barbe Bleue avait 
épousées, et qu'il avait égorgées l'une après 
I autre. Elle pensa mourir de peur, et la clef 
du cabinet, qu'elle venait de retirer de la ser- 
rure, lui tomba delà main. Après avoir un 
peu repris ses sens, elle ramassa la clef, re- 
ferma la porte, et monta & sa chambre pour 
se remettre un peu ; mais elle n'en pouvait 
venir à bout, tant elle était émue. Avant re- 
marqué que la clef du cabinet était tachée de 
sang, elle l'essuya deui ou trois fois, mais le 
sang ne s'en allait point ; elle eut beau la la- 
ver, et même la frotter avec du sable et du 
grès, il y demeura toujours du sang, car la 
clef était fée et il n'y avait pas moyen de la 
nettoyer tout à fait ; quand on ôtait le sang 
d'un «ôlé, il revenait de l'autre. La Barbe 
Bleue revint de son voyage dès le soir même. 



SUgifll 



II 

É 




M OORTIS DIS rtM. 

•I dit qa'il aTait reju de* Ibctrw dan la ak» 
min oui lui avaient apprit que raffalre pour 
iaquelie il était parti venait d'étr» terminée è 
ion avantage. Sa femme fit tout ce qu'cMa 
put pour lui témoigner qu'elle était ravie d« 
son prompt retour. Le lendemain, il lui re- 
demanda les clefs et elle les lui donna, mail 
d'une main ai tremblante, qu'il devina aani 
peine tout ne qui s'était passé. D'où vient, 
lui dit-il, que la clef du cabinet n'est pas avec 
les autres?— Il faut, lui dlt-eMe, que je l'ai* 
laissée là-haut sur ma table. — Ne manquer 
pas, dit la Barbe Bleue, de me la donner tan- 
tât. Après plusieurs remises, il fallut appor- 
ter la clef. La Barbe Bleue l'ayant raotiMrée, 
dit k sa femme : Pourquoi 7 a-t-il du sang 
sur celte clef 7-^e n'en sais rien, répondit la 
pauvre femme, plus ptle que la mon. — Tous 
n'en savez rien 7 reprit la Barbe Bleue ; je le 
sais bien, moi : vous avez voulu entrer dani 
le cabinet. Eb bien I madame, vous y entre- 
rez , et irez prendre place auprès des damet 
aue vous y avez vues. Elle se jeta aux pied* 
de son mari, en pleurant et en lui demandant 
pardon, avec toutes les marques d'an vrai re- 
pentir de n'avoir pas été obéissante. Elle au- 
rait attendri un rocher, belle et affligée com- 
me elle était ; mais la Barbe Bleue avait un 
caur plus dur qu'un rocher. Il faul mourir, 
madame, lui dit-il, et tout k rheare.---Pui» 




m I 



an il hut mourir, répond! l-elle en le regar- 
danl le» jeux baignés de larme», donnez-moi 
un peu de temps pour prier Dieu. — Je vou» 
donne un demi-quart d'heure, reprit laBarbe 
Bleue, mais pas un moment davantage. Lor»- 

3u'elle fut seule, elle appela sa sœur et lui 
il: Ma»(Eur Anne (car elle s'appelait ainsi), 
monte, je te prie, sur le haut de la tour, pour 
<oir si mes frères ne viennent point : ils m'ont 

Sronii» qu'ils viendraient me voir aujour- 
'hui ; et si tu les vois, fais-leur ligne de se 
hâter. La sœur Anne monta sur le haut de la 
tour,et la pauvre affligée lui criait de temps en 
temps : Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien 
venir 7 Et sa sœur lui répondait : Jene vois que 
le soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie. 
Cependant la Barbe Bleue, tenant un grand 
coutelas à la main, criait de toute sa force : 
Descends vile, ou je monterai là-haut.— En- 
core un moment, s'il vou» plaît, lui répondit 
sa femme. Et autsitât elle criait tout bas : 
Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir 7 
Et la sœur Anne répondait: Je ne vois que le 
soleil qui Doudroie et l'herbe qui verdoie.— 
Descends donc vite, criait la Barbe Bleue, ou 
je monterai li-haut.-We m'en vais, répondit 
la femme, et puis elle criait : Anne, ma sœur 
Anne, ne vois-tu rien venir.— ^e vois, répon- 
dit la sœur Anne, une grande poussière qui 
tien» de et eAié-ci.— Sont-e« mes frères 7— 



P 



■B eoRu DU rtH. 

Hélti I non, dm taur : je Toii nu Iroupflw 

de moulons.— Ne veux-tu pat descrn ','e7 cri«ll 
la Barbe Bleue.*— Encore un petit moment, 
répondit M femme; et puii elle cria': \nne, 
ma MBur Anne, ne Toit-lu rien vc^, ,■ ' --Je 
toii, répondi|.«lle, deux cavaliers r. '. vien- 
nent de ce côté ; maii ili lont bii " loin en- 
core. Dieu ioit loué I t'écria-t-elie un mo- 
inent après: ce sont me* frèrei. Je leur fait «^>r 
ugne, tant gue je puis, de se hiler. La Barbe fSî 
Bleue se mit & crier si fort que la maison en Isl 



trenoblR. La pauvre femme descendit, et alla x ^l 



— ; ■ — - |r— ..w Avtuuic ucm;cuuii. Cl alla 

se jeter* ses pieds tout éplorée et tout éche- 
velée.— Cela ne sert de rien, dit la Barbe 
Bleue, il faut mourir. Puis, la prenant d'une 
main par les cheveux, et, de l'autre, levant le 
coutelas en l'air, il allait lui abattre la tête. 
La pauvre femme, se tournant vers lui, et le 
regardant avec des yeux mourants, lui de- 
manda un petit moment pour se recueillir. 

Non, non, dit-il, recommande-toi bien àDien ; 
et, levant son bras... Dans ce moment on 
heurta ti fort à la porte, que la Barbe Bleue 
• arrêta tout court: on ouvrit, et auasitât on 
vit entrer deux cavaliers qui, metUnt l'épée 
à la main, coururent droit à la Barbe Bleue. 
Il reconnut que c'étaient les frères de sa fem- 
me, l'un dragon et l'autre mousquetaire, de 
sorte qu'il s'enfuit aussitdt pour se sauver - 
Bais le* deux frères le poursuivirent de ai 



WWIIi W 



U UIBI BUin. 



81 



pr»»,quil» I attrapèrent atant qu'il p6i ma- 
gner le perron. Il» lui panèrent leur épéi au 
IrtTen du corpi, et le laistèrent mort. La 
pauvre femme était presque auui morte que 
•on mari, et n avait pas la force de te lever 
pour embrasser ses frères. Il se trouva que la 
Barbe Bleue mil point d'héritiers, et 
qu ainsi sa femme demeura maîtresse de loua 
ses biens. Elle en employa une partie à marier 
•a jeune sœur Anne avec un jeune genUI- 
homme dont elle était aimée depuis long- 
temps; une autre partie* acheter des charseï 
de capitaine à ses deux frères, et le reste & 
se marier elle-même i un fort honnête hom- 
me, qui lui Ot oublier le mauvaii tempg 
îu elle avait passé avec la Barba Bleue. 

MORAUTt. 

U eutaltf, malgré tous se* ittralti. 

CoAte soovem Usa des regreU : 
On eu volt tous les Jours mUleexemplas uuattn. 
C'est, n'en déplaise au lexs. un^ïïTkCuÏÏt 

Dès qu'on le prend, U M«e d-«bl 
sIleoAlr- •-- 



Kl toi^onn atoni inp ekw. 



tfMy^**! 



iiiiiiiiii^ 



vm riH. 



RIQUET A LA HOUPPE. 



Il ilail une fcii une reine qui eut nn 
nii II laid et li mil fait, qu'on douta Ions- 
temp» l'il avait forme humaine. Une fée, 
^ui ae trouva i ■ naiuaace, auura qu'il 
aurait beaucoup d'eaprit : elle ajouta même 

3u il pourrait, en vertu du don qu'elle venait 
e lui faire, donner autant d"e»pril qu'il en 
aurait k la penonne qu'il aimerait le mieux. 

Tout cela contola un peu la pauvre reine, 
qui était bien affligée d'avoir mil au monde 
un SI vilain marmot. 

Il est vrai que cet enfant ne commença pas 
plus tét à carier qu'il dit mille choses, et 
qu il avait dans toutes ses actions je ne sais 
quoi de si spirituel, qu'on en était charmé. 

J'oubliais de dire qu'il vint au monde avec 
une petite houppe de cheveux sur la tête ; ce 
qui Ht qu'on le nomma Hiquetà la Houppe : 
car Riquet était le nom de fiimille. 

Au bout de sept ou huit ans, la reine d'un 
rovaume voisin eut deux filles. 

La première qui vint au monde rU.it plus 
belle que le jour: la reine en fut si a's« qu'on 
appréhenda que la trop grande iûie qu'elle 
en avait ne lui fit du mal. 



il 






I 
il 



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uoon A LA loorFi. st 

La méma fé« qui avait unM à la ntii- 
wncc du petit Riquet à la Houppa «tait mi- 
•ente , et, pour modérer ia joie de la reine, 
elle lui déclara que cette petite princeMa 
n'aurait point d'etprit, et qu'elle «erait auHi 
tluplde qu'elle éUlt belle. 

Cela morti&a beaucoup la reine ; malt elle 
eut, quelques momenti après, un bien plus 
grand chagrin : car la seconde fille qu elle 
mit au monde se trouva extrêmement laide. 

« Ne vous affligez pu tant, madame, lui 
dit la fée: votre fille sera récompenséa 
d'ailleurs, et elle aura tant d'esprit qu on ne 
s'apercevra presque pas qu'il lui manque de 

—Dieu le veuille, répondit la reine; mais 
n y aurait-il pas moven de faire avoir on peu 
a esprit à l'aînée qui est si belle 7 

—/en» puis rien pour elle, madame, du 
cAté de I esprit, lui dit la fée, mais je puis 
tout du cAté de la beauté, et, comme il n'y a 
rien que je ne veuille pou' votre satisfaction, 
je vais lui donner pour don de pouvoir ren- 
dre beau ou belle la personne qui lui plaira. • 

A mesure que ces deux princesses devin- 
rent grandes, leurs perfections crièrent aussi 
avec elles, et on ne parlait partout que de la 
beauté de l'atnée et de l'esprit de ia cadette. 

Il est vrai que leurs défauts augmentèrent 
beaucoup avec l'âge. La cadette enlaidissait à 



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(ANSI and ISO TEST CHART No. 2) 




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Roctiestef. N«* York 1*609 U5A 

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(716) 288- 5989 - Fo- 






Tue d'oeil, et l'atnée devenait plus ituDida d* 
Joi|renjpur: oj elle ne répondait rien à ce 
qi. on lu, dem-indait, ou elfe disait une sot- 
Use Elle était avec cela si maladroite, qu'elle 

hn,^7"i "'TS""- 5"''™ porcelaines sur le 
bord de la cheminée sans en casser une, ni 

l'inurLXbiu""'"""'''^''''-^-'»-'- 
Quoiqne la beauté soit un grand avantage 
dans une jeune personne, cependant h «h 
dette 1 emportait presque toujours sur s^ 
aluée dans toutes les compagnies 

D abord on allait du côté de la plus belle 
pour la voir et pour l'admirer ; mais b.S 
après on alla ta celle qui avait le plusd^w- 
pnl, pour lui entendre dire mille choses «rrfl 




gé autour de la cadette. 

Kii^n'^'"!*'!?""!''".* '''"■• "»?•'•«. le remarqua 
bien et elle eu donné sans rrèret toute ia 
beauté pour avoir la moitié de Pesprit de h 

8 empêcher de lui reproàer plusieurs foi. « 
bétise : ce qui pensa faire mourir de douleur 
cette pauvre princesse. 

Un jour qu elle s'éuit reUrée daus un boii 
pour y plaindre son malheur, elle vit venir k 

ÉiiiiifMliiiMii 






elle un petit homme fort laid et fort déugri- 
•ble, maU vêtu très-inagniriquemenl. 

C'était le jeune prince Riquet à la Houppe, 
qui, étant devenu amoureux d'elle sur ses 
portraits qui couraient par toutle monde, avait 
quitté le royaume de son père pour avoir le 
plaisir de la voir et de lui parler. 

Ravi de la rencontrer ainsi toute seule, il 
I aborde avec tout le respect et la politesse 
imaginables. Ayant remarqué, après fui avoir 
fait lous les compliments ordinaires, qu'elle 
était fort mélancolique, il lui dit : 

« Je ne comprends point, madame, com- 
ment une personne aussi belle que vous l'été» 
peut être aussi triste que vous le paraissez • 
car, quoique je puisse me vanter d'avoir vu 
une infinité de belles personne», je puis dire 
que ie n'en ai jamais vu dont la beauté ao- 
procbe de la vôtre. 

— Cela vous plall à dire, monsieur, lui ré- 
pondit la princesse ; et elle en demeura là. 

— La beauté, reprit Riquet à la Houppe, 
est un Si grand avantage, qu'il doit tenir lieu 
de tout le reste ; el, quand on le possède, je 
ne yoi» pas qu'il y ait rien qui puisse vou» 
aOIiger beaucoup. 

— J'aimerais mieux, dit la princesse, étK 
aussi laide que vous et avoir de l'esprit, que 
d avoir de la beauté comme j'en «i, et itra 
bête autant que je le suif. 




î 



pififiiMWli#u^^^ 



•onns OBB fit». 

— - Il n'y a rien, madame, qui marque da- 
Tantage qu on a de l"e»prit que de croire n'eo 
pan avoir ; et il est de la nature de ce biea-li 
que plui on en a, plus on croit en manquer. 

— Je ne sais pas cela, dit la princesse, 
mais je sais bien que je suis fort bête, et c'est 
de là que vient le chagrin qui me lue. 

— Si ce n'est que cela, madame, qui vous 
afflige, je puis aisément mettre fin à votre 
douleur. 

— Et comment ferex-vous? dit la prin- 




— J ai le pouvoir, madame, dit Riquet à la 
Houppe, de donner de l'esprit autant qu'on 
en saurait avoir à la personne que je dois ai- 
mer le plus ; et comme vous êtes, madame, 
cette personne, il ne tiendra qu'à vous que 
vous n ayei autant d'esprit qu'on en peut 
avoir, pourvu que vous vouliez m'épouser. > 

La princesse demeura tout interdite et ne 
répondit rien. 

« Je voia, reprit Riquet à la Houppe, que 
cette proposition vous a fait de la peine, et je 
ne m en étonne pas; mais je vous donne on 
an tout entier pour vous y résoudre. » 

La princesse avait si peu d'esprit, et en 
même temps une si grande envie d'en avoir 
qu elle s'imagina que la fin de celte année ne 
viendrait jamais : de sorte qu'elle araeplala 
proposition qui lui étMt faite. Elle n'eut pu 







UQOBT * LA BODFPB. 



•3 



plus Ifil promis à Riquetà la Houppe qu'elle 
1 épouserait dans un an à pareil jour, qu'elle 
•e sentit tout autre qu'elle n'était auparavant: 
elle se trouva une facilité incroyable à dire 
tout ce qui lui plaisait, et à le dire d'une ma- 
nière One, aisée et naturelle. Elle commença 
dès ce moment une conversation galante et 
joutenue avec Riguet à la Houppe, où elle 
bnlla d une telle force, que Riquel à la Houp- 
pe crut lui avoir donné plus d'esprit qu'il ne 
1 en était réservé pour lui-même. 

Quand elle fut retournée au palais, toute la 
cour ne savait que penser d'un changement 
SI subit et SI extraordinaire: car autant on 
lui avait ouï dire d'impertinences auparavant 
autant lui entendait-on dire des choses bien 
sensées et infiniment spirituelles. 

Toute la cour en eut une joie qui ne sa 
lent imacitipr- il n'v ont «...._ .?j... . 




,'lus 
- - .^. uo, esprit, elle ne 

Ué^^tL^r''^'"'"' '""-* euenon 
Le roi se conduisait par ses avis et allait 
même quelquefois tenir le conseil dans son 
appartement. 

Le bruit de ce changement s'étant répandu, 
tous es jeunes princes des royaumes voisins 
firent leurs efforts pour s'en faire aimer, et 
pre^ae tout U demandèrent ea mariage • 



? ! 



»v?ï.vw.vw.vïï.v^.v!^{Ji!^;{] 



! : 

I ■ 







mais elle n'en trouvait pint qni eAl anei 
d'esprit, et elle les écoutait tous sans s'onga- 
ger à aucun d'eux. 

Cependant il en vint un si puissant, si 
riche, si spirituel e; si bien fait, qu'elle ne put 
s empêcher d'avoir de la bonne volonté pour 
lui. "^ 

Son père s'en étant aperçu, lui dit qu'il U 
faisait la maîtresse sur le choix d'un epouz, 
et qu elle n'avait qu'à se déclarer. 

Comme plus on a d'esprit, et plus on a Je 
peine à prendre une ferme résolution sur 
celte affaire, elle demanda, après avoir re- 
mercié son père, qu'il lui donnât du temps 
pour y penser. 

Elle alla par hasard se promener dans le 
bois ou elle avait trouvé Biquet à la Houppe, 
pour rêver plus commodément à ce qu elle 
avait a faire. 

Dans le temps qu'elle se promenait rêvant 
profondément, elle entendit un bruit sourd 
sous ses pieds, comme de plusieurs personnes 
qiii vont et viennent et qui agissent. 

Ayant prêté l'oreille plus attentivement, 
elle ou» que I un disait: « Apporte-moi celte 
chaudière ; » l'autre : «MeU du bois dans ce 
feu. » 

La terre s'ouvrit dans le même temps, et 
elle vit sous ses pieds comme une grande cui- 
sine pleiere de cuisinier*, de marmitons et de 




■lOiWT à u Boorn. 
un festin maeniûaue II .n i!!.f? ?"»';'•"«! 
camper dans une allée du boir«ntn 1 !?■ ** 

La princesse, étonnée de ce «nectacU l«.. 
demanda pour qui ils IravaillaiêSt""''"' '*"' 

i^;.J... donné, elle a. j;'„',1î^%i«„P-- 

» ï.s'^n"2r.;?i k'&r r." r"--"' 

présenta i elle brave Llffl * ''°"PP« « 
Sn prince qui «^^'i^'arTe?"'"'"' " ""»"" 




I 



M^lMilii 



9e 



CORTN DU rÈBt. 



rendre, en me donnant votre mtin, le pin» 
heureui de toui lei homme*. 
— Je Toui avouerai franchement, répond!' 



la princeue, aue je n'ai pat encore pria mr 
' ■ ■■ I là-ae 

u 
(ouhaitei. 



'ésolulion là-deisus, et que le ne croii pcj 
pouvoir jamait ta prendre telle que vous U 



— Vous m'étonnei, madame, luiditRiquv 
à U Houppe. 

— Je le crois, dit la princesse ; et assuré 
ment, si j'avais affaire it nn brutal, à un bom 
me sans esprit, je me trouverais bien embar 
rassée. Une princesse n'a que sa parole, m« 
dirait-il, et ilfiiut que vous m'épousiez, puis 
que vous me l'avei promis ; mais comme ce 
lui à qui je parle est l'homme du monde au< 
a le plus d'esprit, je suis sûre qu'il entendra 
raison. Vous savei que, quand je n'étai» 
qu'une béte, je ne pouvais néanmoms me ré- 
soudre à vous épouser; comment voulez-vout 
qu'ayant l'esprit que vous m'avex donné, qui 
me rond encore plus difficile en gens que je 
n'étais, je prenne aujourd'hui une résolution 
que je n ai pu prendre dans ce temps-là? Si 
vous pensiez tant à m'épouscr, vous avez eu 
^and tort de m'Ater ma bêtise et de me faire 
voir plus clair que je ne "uyais. 

— Si un homme sans esprit, répondit Bi- 
quet à la Houppe, était Lien re(u, comme 
veut venez de le dire, à vous reprocher votre 



il 
1 



WOOEI A LA BODPrl. 97 

manque de parole, pourquoi »oulei-TO« 
madame, que je n'en ute pî. de même dani 

ïieVE^ni „/' ï M' '"^'l" '■onhe:rdem.' 
vie / EbI-iI raiaonaable que es personnes oui 
on de l-esçril soient d'uie pire^coSn n^^è 
ceu, qui nen ont pas? Le pouvei-vous pré- 

In?^*:/^^" ''"' ?"."" '»■" «' <\"> avez l/,„l 
souhaité d en avoir? Mais venons au fait "u 
vous pi,,. A la réserve de ma l.ldeu;, y 
a-l-.l quelque chose en moi qui vous déplaùoî 

mon Zri.^f °"'*"îf "^^ ""> "«'«"«^ de 

"èrës?'^ °"'° '"*"'■ *' ■** "•*» "•«- 

-Nullement, répondit la princesse: j'ai. 

me^enyou. tout ce que vou.^enez de n,e 

— Si cela est ainsi, répondit Riquet à la 
Houppe, je Tais élre hcn?eux, puisque voua 

Comme,"" "'°'*'* '' P'"' """^^^^ àTLlZ 

u7riScb™' "'•-•"""-" "■'«»'-<•'' 

«1, J?. . ^ " r"*' "''? ?•""• souhaiter nue 
cala soi! ; et afin, madame, que vous n\n 
aout,ez pas, sachez que la mêm'c fée qui" au 
)our de ma naissance, me lit le don de pou- 
voir rendre spirituelle la personne qui me 

?iiï V'°""',*î"'' '^»"'« don de pouvoir 
rendre beau celui que vous aimerez rt i niJ 
Tonavoudrcx bien faire cette ftTew ' 







If 

I 

I 



IJIIII^IIIIIII 



M eoRTn ras rtu. 

— Si la ehoM eit ainii, dit it princMM, J« 
Muliaite de tout mon coeur que voui deTeniet 
ie priace du inonde le plut beau et le plui 
aimabie, et je vout en ni* le don autant qu'il 
est en moi. » 

La princesie n'eut paapluitAt pronoac4cei 
parulek, que Aiquet i la Houppe parut à «et 
jeux l'homme du monde le plui beau, le 
mieux fait et le plus aimable qu'elle eàt ja- 
mais TU. 

Quelques-uns assurent gue ce ne AirenI 
point les charmes de la fée qui opérèrent, 
mais que l'amour seul fit cette métamorphose. 
lU disent que la princesse, ayant fait réflexion 
sur la persévérance de son amant, sur sa dis- 
crclion et sur toutes les bonnes qualités de 
son ime et de son esprit, ne vit plus hi diffor- 
mité de son corps ni la laideur oe son visage ; 
que sa bosse ne lui sembla plus que le bon 
air d'un homme qui hit le gros dos ; et qu'au 
lieu que jusqu'alors elle l'avait vu boiter ef- 
froyablement, elle ne lui trouva plus qu'un 
cerUin air penché qui la charmait. Ils disent 
encore que ses yeux, qui étaient Jonches, ne 
lui en parurent que plus brillants; que leur 
dérèglement passa dans son esprit pour la 
marqued'unviolent excès d'amour; et qu'en- 
Gn son gros nez rouge eut pour elle quelque 
chose de martial et d'héroïque. 

Quoi qu'il en soit, la princesse lui promit 



i 



'^^MX^^^^^- 



iiouF.T * LA noDPra. 

•ur-le-champ de l'épnusnr, pourvu qu'il en 
obtint le consenlcinent ilu roi don nère. 

Lu roi, nvnni su que >a iille nvaft b.anioup 
d'estime pour Riquct à la Houppe, qu'il coii- 
naistiait d ailleurs pour un prince lrè>-ii|iii'i- 
lucletlrèi-iiage, le reçut avec plaiiir pour iion 
gendre. 

Dèi le lendemain, lc« noces furent faites, 
ainsi que Uiquel à la Houppe l'avait prévu, 
cl selon les ordres qu'il en avait donnés loog> 
temps auparavant. 

HORALITB. 

Caque l'on voit dans cet écrit 
Est muiiis un conta en l'air que la virlti in(iD*| 
Tuui est tieau dans ce que l'on aima, 
Tout ce qu'on aima a de l'Mprit. 

ADTRE MORALITE 

Dans un objet ob la nature 
Aura mis de beaux traits, et la vive psi ture 
D'un teiiit oii Jamais l'art ne saurait arriver. 
Tous ces àuns pourront moins pour rendre uo ctaur 
sensible 
Qu'un seul agrément invisible 
Que l'smour ; fera trouver. 




!l 



V 



100 



eONTU BIS ttu. 



LES FÉES. 



Il était une fois une veuve qui avait deux 
flile» : l'sinép lui reuemblait si fort d'hu- 
meur el de visage, que qui la voyait, voyait 
la mère. Elles étaient toutes deux 1 1 désagréa- 
bles et si orgueilleuses qu'on ne pouvait vivre 
avec elles. La cadette, qui était le vrai por- 
' trait de son père pour la douceur et pour 
l'honnêteté, était avec cela une des plus belle* 
filles qu'on eût su voir. Comme on aime natu- 
rellement son semblable, cette mère était 
folle de sa Hlle aînée, et en même temps avait 
une aversion effroyable pour la cadette. Elle 
la faisait manger à la cuisine, el IraTailler 
sans cesse. 

Il fallait, entre autres choseï, que cette 
pauvre enfant allât, deux fois le jour, puiser 
de l'eau à une grande demi-lieue du logis, et 
qu'elle en rapport&t plein une grande cruche. 
Un jour qu'elle était à cette fontaine, il vint 
i elle une pauvre femme qui 1» pria de lui 
donner k boire. — Oui-di, ma bonue mère, dit 
eette belle Ulle ; et rinçant aussitôt sa cruche, 
tlle puisa de l'eau au plus bel endroit de la 



MM 



iii^^ 



ut rUi. 



101 



fontaine, et la lui préienla, Motenanl la cruche 
afln qu'elle l>fit plui aMmenl. La femme 
avant bu, lui dit : Voui ite% il belle et si hon- 
nête que je ne puii m'empécher de vous faire 
un don (car c était une fée qui avait pria la 
forme d'une pauvre femme de villaKe, pour 
voir Juiqu'06 irait l'honnêteté de celle jeune 
fille). Je vous donne pour don', poursuivit la 
fée, qu'à chaque parole que vous direz, il 
vous sortira de la bonche ou une fleur ou une 
pierre prédeuie. Lorsque cette belle fille 
arriva au loris, h mère la gronda de revenir 
si tard de la fontaine. Je vont demande 

Sardon, ma mire, dit cette pauvre fille, d'avoir 
irdé si longtemps, et, en disant ces mots, il 
lui sortit de la bouche deux roses, deux perles 
et deux gros diamants. Que vois-je li I dit 
sa mère tout étonnée. Je crois qu'il lui sort 
de la bouche des perle* et des diamants I 
D'où vous vient cela, ma fille? (Ce fut la 
première fois qu'elle l'appelait sa fille.) La 
pauvre enfant lui raconta naïvement tout ce 
qui lui était arrivé, non sans jeter une infi- 
nité de diamanu.— Vraiment, dit la mère, il 
faut que j'y envoie ma fille. Tenei, Fanchon, 
voyez ce qui sort de la bouche de votre soeur 
quand elle parle ;, ne seriez-vgu* pas bien 
aise d'avoir le même don 7 Vous n'avez qu'à 
aller puiser de l'eau à la fontaine, et, quand 
une pauvre femme vous demandera à boire, 




coHTEs DES rtn. 

lui en donner bien bonnMement. — Il me ferai 
beau voir, répondit la brutale, aller à la fon- 
taine I — Je veux que voua y alliez, reprit la 
mère, et tout à l'heure. Elle j alla, maii tou- 
jours en grondant. Glle pnt le plus beau 
Uacon d'argent qu'il j eût dans 1= logis. 
„ Elle ne fut pas plus t«t arrivée à la fon- 

|k taine, qu'elle vit sortir du boit une dame ma- 
1* gniËquement vêtue, qui vint lui demander à 
,, boire ; c'était la même fée.qui avait pris l'air 
S et les habits d'une princesse, pour voir ius- 
\>. qu'^ù irait la malfaonnételé de celte illle. 
^^» Est-ce que io suis ici venue, lui dit cette bru- 
| S ^ '«'« orgueilleuse, pour vous donner i boire T 
;rS> Justement, j'ai apporté un flacon d'argent 
tout exprès pour dfooner à boire à madame ; 
j'en suis d'avis : bnvez i même si vous voulez. 
— Vous n'êtes guère honnête, reprit la fée 
^^<^ uns se mettre en colère. Eh bipu t puisque 

f Se ^°"' ^''* " "'''■S^an'ei je TOUS donne pour 
*^K don qu'à chaque parole que vous direz, il 
vous sortira de la bouche ou un serpent oo 
un crapaud. D'abord que sa mère l'aperçut, 
elle lui cria : Eh bien t ma fille?— Eh bien, 
ma mère, lui répondit la brutale en jetant 
deux vipères et deux crapauds. — ciel 1 s'é- 
cria la mère, que vois-je là 7 C'est sa sœur 
qiii en est la cause, elle me le paiera ; et ani- 
sitêt elle courut pour la battre. La pauvre 
enfant s'enAiit, et alla se sauver dans la totè^ 




i^iiiiiiiiiii! 



in rin. 103 

ptitchaine. Le fili du roi, qui revenait de la 
chasse, la rencontra, et, la voyant >i belle, lui 
demanda ce qu'elle faisait I& toute seule et ce 
quelle avait à pleurer. Hélas I monsieur, 
**•*>»» nière qui m'a chassée du logis. Le 
ni» du roi, qui vit sortir de sa bouche cinq ou 
su perle» et autant de diam.ints, la pria de 
lui dire d'oii cela lui venait. Elle lui conta 
toute son aventure. Le fils du roi en devinl 
amoureux, et, considérant qu'un tel don 
valait mieux que tout ce qu'on pouvait donner 
en mariage i une autre, l'emmena au palais 
du roi son père, où il l'épousa. Pour sa sœur, 
elle se fit tant haïr, que sa propre mère la 
chassa de chez elle ; et la malheureuse, après 
•voir bien couru sans trouver personne qui 
Toumt It recevoir, alla mourir au eoio d'un 
boM. 

horalitA. 

L'honnéteti eoflu de» soins. 
Et veut un pea de complalianfle ; 
Mais tôt ou tard elle a sa ricompeuse, 
It suuTent dans le temps qu'on f |«aM la 



k 



FIN 




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